Les religions ne sont pas des fables

Notre culture n'a plus ses références chrétiennes depuis... (La Presse)

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Notre culture n'a plus ses références chrétiennes depuis assez longtemps merci pour qu'on arrête de dépoussiérer le vieux spectre de l'endoctrinement des jeunes.

La Presse

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Le Nouvelliste

Pendant que les religions périssent de misère au Québec, il s'en trouve encore qui éprouvent la nécessité de leur porter quelques coups de grâce. «Les religions sont des mensonges», affirme Madame Andréa Richard dans une entrevue à Radio-Canada. Ce n'est pas une simple opinion, c'est un décret. Pas de si, ni de peut-être. «Toutes les religions sont des archaïsmes», ajoute-t-elle. Conclusion: les croyants de toutes les confessions sont au mieux de pauvres naïfs, comme l'a si bien écrit dans ces pages Monsieur Alexandre Dumas, au pire des menteurs et des conspirateurs. Il y aurait donc urgence de sortir les cours d'éthique et de culture religieuse des écoles.

Ça ne finira donc jamais? Notre culture n'a plus ses références chrétiennes depuis assez longtemps merci pour qu'on arrête de dépoussiérer le vieux spectre de l'endoctrinement des jeunes. Que Madame Richard se rassure: les cours d'ECR n'endommageront pas bien gravement l'indifférence religieuse de la majorité de la jeunesse québécoise. Les informations qu'on retrouve dans ces cours sont uniquement de nature cognitive et les quelques notions qu'on y enseigne n'incitent personne à la conversion. On n'y fait pas non plus de prosélytisme et je ne vous comprends pas, Madame Richard, quand vous affirmez qu'on présente les religions comme vraies ou bonnes. On présente des contenus comme on le fait dans les autres cours et chacun est libre d'en penser ce qu'il veut. Les enfants ne sont ni confinés, ni isolés, ni terrorisés pendant leur enseignement et, le croiriez-vous, ils ont également le droit à leur propre opinion!

Vous dites partager les valeurs d'amour, de partage, d'amitié... Alors bienvenue dans la famille. Mais pour vous y sentir à l'aise, il vous faudra aussi ajouter le respect des différentes cultures religieuses. Car sous-entendre que les croyants qui ne pensent pas comme vous sont des sots ou de trompeurs n'est manifestement pas le signe d'une grande tolérance. Les cours d'ECR ont au moins comme principes que la richesse est davantage dans le respect de la diversité que dans l'uniformité et davantage également dans le respect des cultures que dans la «monoculture». On est donc très loin des fanatismes religieux, n'est-ce pas?

Reste votre point principal: l'élimination pure et simple des cours d'ECR. Enfoncer les cultures religieuses dans les profondeurs de l'ignorance, cette immense fosse noire qui ne se connaît même pas elle-même. Leur interdire tous les espaces publics, les lieux d'enseignement, de soins, de services. Les bannir. Et pour être sûr d'en finir avec ces dépouillées d'identité, prendre bien soin à ce qu'aucun de leurs écrits ou même de leurs manifestations n'atteignent plus les enfants. Et quand ceux-ci s'interrogeront sur d'anciens et croulants logements où un Dieu aura naguère habité, il faudra leur parler d'une époque quasi maudite où des peuples subjugués y adoraient un Pauvre nu, crucifié et inexistant. 

On campe ainsi en ennemis foi et raison, religion et État, croyance supposément privée et pensée dite sociale. Or ces réalités sont faites pour se compléter, se parachever, s'influencer, s'enrichir et, à une certaine hauteur, s'interpénétrer. Une laïcité dure qui chercherait à éclipser toute forme de manifestation religieuse dans l'espace public entraînerait un obscurcissement coupable de la conscience humaine, voire de la simple intelligence. « Aucune loi humaine n'est en droit d'effacer la norme que le Créateur a inscrite en l'homme, sans que la société soit frappée au coeur de ce qui est son fondement », écrivait Benoît XVI. Repousser toutes les cultures religieuses hors de la sphère publique équivaut à priver les citoyens d'un moyen privilégié essentiel à la découverte de leur identité - identité humaine, spirituelle, et pas seulement québécoise. 

On peut croire ou ne pas croire: on appelle cela la liberté religieuse. Falsifier le réel - faire des cultures religieuses fables, noirceurs ou fanatismes - voilà le mensonge.

Alain Brochu

Sainte-Ursule

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