Laissons l'enseignement religieux aux familles

Il y a dix ans, une étude faite... (La Presse)

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Il y a dix ans, une étude faite à Trois-Rivières montrait clairement que la valeur «religion» ne faisait plus partie du radar des futurs enseignants de la Génération Y et plusieurs, parmi eux, rejetaient tous les dogmes de la religion catholique: transsubstantiation, virginité de la vierge, croyance en l'existence du diable et de Dieu, etc.

La Presse

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Le Nouvelliste

L'auteur, Ghyslain Parent, est professeur titulaire au Département des sciences de l'éducation de l'UQTR.

Je viens me joindre au débat lancé par madame Andréa Richard qui désire que le volet «Religion» disparaisse du cours Éthique et culture religieuse [ECR].

J'ai beaucoup aimé le propos de l'enseignant Gaétan Bérubé qui, dans une récente édition du Nouvelliste, explique sa pédagogie pour enseigner ce cours à ses étudiants du secondaire. Je ne doute nullement de ses capacités de pédagogue. Elles pourraient être savamment utilisées pour enseigner un volet remodelé qui mettrait plus en valeur l'aspect «Éthique» du cours et qui pourrait venir améliorer les capacités citoyennes d'ouverture à l'autre. Pourquoi vouloir insister sur les aspects religieux de la culture alors que celle-ci est multifactorielle et elle pourrait toucher des volets beaucoup plus intéressants: économie, cuisine, arts, etc? Pourquoi vouloir insister sur le volet religion et y accorder le moindre intérêt? Nous n'avons qu'à regarder la réalité québécoise qui a mis à la porte de l'école l'enseignement de la religion catholique.

Il y a dix ans, une étude faite à Trois-Rivières montrait clairement que la valeur «religion» ne faisait plus partie du radar des futurs enseignants de la Génération Y et plusieurs, parmi eux, rejetaient tous les dogmes de la religion catholique: transsubstantiation, virginité de la vierge, croyance en l'existence du diable et de Dieu, etc. L'étude concluait qu'il était alors sage que l'enseignement de la religion ne fasse plus partie des tâches des enseignants. 

Comme me le disait un collègue: «Les personnes de 50 ans et plus sont en crisse contre la religion et les jeunes s'en crissent de la religion». Son constat est vrai. Je demeure convaincu que les jeunes québécois issus des autres religions sont aussi éveillés que les jeunes québécois de source et veulent mettre un frein à l'enseignement des religions et parler beaucoup plus des choses qui nous rassemblent au lieu de ces religions qui éternellement nous divisent et diviseront.

L'an dernier, en octobre 2015, des jeunes étudiants de 21 ans m'ont demandé en plein cours qui est saint Jean-Baptiste. Parmi mes 60 étudiants, aucun ne le savait. À Noël [fête commerciale et folklorique], je racontais cette histoire à mon gendre de 30 ans et il m'a avoué que lui non plus ne savait pas qui était ce personnage qui est célébré par certains vieux nostalgiques le 24 juin. Faut-il s'étonner de leur ignorance et redonner des cours d'enseignement historique de la saintographie catholique? Non! Pour preuve, j'ai posé la question à plus de 100 Québécoises et Québécois de plus de 50 ans afin de savoir s'ils connaissaient saint Laurent et pourquoi le fleuve portait ce nom. Aucun bon catholique ne connaissait ce saint et personne n'en était mort! Certains m'ont même dit que le fleuve était nommé ainsi en mémoire du premier ministre Louis Saint-Laurent.

En effet, cela est d'un autre temps et devrait être mis dans un tiroir avec les robes des premières communiantes d'antan. Je considère qu'il s'agit d'une perte de temps royale d'enseigner toute forme de mythologie religieuse et qu'il faut laisser cela aux lieux de culte et aux familles. En passant, je demande souvent aux futurs enseignants du cours ECR de m'expliquer comment ils agiraient si un jeune de leur classe leur disait mille et mille fois: «Je ne crois pas aux anges, je ne crois pas à Allah et je connais des centaines de laideurs causées par les religions puisque des gens de ma famille ont été tués par des adeptes des religions dont vous faites l'éloge». Personne, même parmi les plus ouverts au développement de la pensée critique des élèves, ne peut répondre à ma question.

Madame Andréa Richard a raison de dénoncer l'enseignement propagandiste et insidieux des religions. Je trouve quand même très parlant le fait que trois «vieilles» femmes de plus de 75 ans se soient révoltées contre des faits religieux au cours des trois dernières semaines. Ces femmes - Janette Bertrand, Denise Bombardier et Andréa Richard -, sont parmi les derniers témoins vivants des abus de la religion et il faut savoir les écouter. 

Le ministère de l'Éducation du Québec avait fait le choix, il y a une quinzaine d'années, de faire disparaître l'enseignement de la religion du programme. Il faudrait oser être encore plus avant-gardistes et chasser, une fois pour toutes, ces anachronismes de nos écoles et laisser l'enseignement religieux aux familles. Même si je suis un tenant de la liberté d'expression, je suis même de ceux qui pensent que l'état devrait exercer un certain contrôle sur des enseignements religieux faits dans des lieux de culte qui seraient contraires aux «valeurs québécoises d'Andréa Richard».

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