Les vétérinaires au service des animaux, vraiment?

Pourquoi les vétérinaires s'associent-ils à un évènement qui... (François Gervais)

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Pourquoi les vétérinaires s'associent-ils à un évènement qui va à l'encontre de leur mission, c'est-à-dire le bien-être animal?

François Gervais

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Le Nouvelliste

Quelques fois par année j'amène mes deux chiens à une clinique vétérinaire de ma région pour m'assurer qu'ils vont bien. J'ai toujours cru au professionnalisme de ma vétérinaire et en son désir sincère de voir au bien-être de mes animaux. N'est-il pas à la base ce pourquoi elle a été formée?

L'organisation du Festival western de Saint-Tite nous informe à chaque année qu'une équipe de vétérinaires voit à la sécurité des animaux lors de leurs rodéos. J'avoue être surpris d'apprendre qu'une telle équipe puisse s'associer aux rodéos de Saint-Tite alors que l'Association canadienne des vétérinaires affirme que le succès des rodéos se fonde inévitablement sur une exploitation des réactions des animaux à la douleur, au bruit et à la peur, ainsi qu'au désir des animaux de fuir? (Revue Vétérinaire Canadienne, juin 1985)

Prenons par exemple la prise du veau au lasso. Dans le coin gauche, l'équipe du veau: animal de quelques mois, effrayé et cherchant à fuir. Dans le coin droit, l'équipe du cowboy: un cowboy adulte assis sur un cheval adulte avec le lasso bien ficelé à la selle pour la prise ultime.

En quelques mots, le veau se sauve en courant à quelque 40 km/h, le cowboy avec son lasso l'attrape au cou en mettant fin au sprint de l'animal avec la corde attachée à la selle. Au figuré, nous pourrions dire une pendaison à l'horizontale. Si l'animal est toujours debout après le choc, le cowboy doit le projeter au sol et lui attacher les pattes. Si je faisais subir le même traitement à mes chiens dans ma cour arrière (sans le cheval bien sûr) ma vétérinaire appellerait la SPA, voire la police pour dénoncer des gestes de cruauté animale.

Lorsque des spectateurs de rodéo voient un veau subir ces traitements puis partir en courant après avoir été détaché, leur réaction en sera une de soulagement et applaudiront parfois pensant que l'animal s'en est finalement bien sorti. Les vétérinaires installés au pied des gradins savent fort bien que les blessures subies par l'animal ne sont pas apparentes et que les spectateurs n'y voient que du feu: fractures de côtes, perforations pulmonaires, hémorragies internes, lacérations trachéales, fractures vertébrales, etc. (voir témoignage du docteur C.G Haber). Le veau en apparence en bonne condition mais blessé repartira pour d'autres rodéos ou servira de veau d'entraînement, subissant les mêmes chocs à répétition.

La question à se poser est: pourquoi les vétérinaires s'associent-ils à un évènement qui va à l'encontre de leur mission, c'est-à-dire le bien-être animal? Quels sont leurs intérêts à participer à un évènement à des lieux de ce qu'on attend d'eux: voir à la sécurité des animaux et les éloigner de tout risque? Leur participation au Festival western de Saint-Tite leur fait perdre selon moi toute crédibilité. Un peu comme si les pharmaciens recommençaient à mettre des cigarettes sur leurs étagères, ou bien des médecins qui s'impliqueraient aux concours de ronds de fumée du «Festival de Saint-Mégot».

Comment se fait-il que l'Ordre des vétérinaires du Québec ne donne pas un cours d'éthique 101 aux membres qui ont oublié la raison d'être de leur profession? Qu'en est-il de la SPA de la Mauricie qui a Saint-Tite comme voisin et qui n'a jamais remis en question publiquement ce rodéo même si son mandat ne touche pas les animaux de ferme?

Heureusement, nous sommes à une époque où les gens dénoncent de plus en plus toutes formes de cruauté animale. Les cirques utilisant des animaux n'ont plus la cote. Les grandes villes règlementent les tours de calèche voire les abolissent. Les médias ne se gênent plus pour montrer tout individu ou entreprises faisant preuve de négligence ou cruauté. Des villes canadiennes et américaines excluent certaines épreuves de rodéo ou les bannissent tout simplement (Vancouver).

Il ne reste qu'à souhaiter que les vétérinaires s'associent à des festivals et des organisations ayant vraiment à coeur le bien des animaux et qu'ils remettent en question leur participation à des festivals où la vie d'un animal et son bien-être passent en fin de liste.

Pierre Légaré

Shawinigan

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