Aveuglement et parti pris

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L'enseignement du cours Éthique et culture religieuse ne fait pas l'unanimité au Québec.

La Presse

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Le Nouvelliste

L'auteure, Nadia El-Mabrouk, est professeure titulaire à l'Université de Montréal et auteure de l'ouvrage collectif intitulé «La face cachée du cours Éthique et culture religieuse».

J'aimerais réagir à l'article d'Alexandre Dumas du 7 septembre 2016, répliquant à Andréa Richard qui présentait ce livre un jour plus tôt.

En plus d'une série d'accusations sans fondement contre Mme Richard, comme celle de mener un «combat contre les religions» ou celle de vouloir faire la promotion de l'athéisme, M. Dumas déplore le manque de preuves concrètes permettant de conclure que le cours représente une «propagande des religions» qui risque de promouvoir «l'intégrisme religieux extrémiste».

Notons tout d'abord une inversion du fardeau de la preuve. En effet, il appartiendrait plutôt aux concepteurs et promoteurs du cours Éthique et culture religieuse (ECR) de prouver qu'il remplit bien les objectifs affichés du «vivre ensemble», en insistant paradoxalement sur ce qui divise le plus les personnes, leur religion.

Je m'attarderais néanmoins ici à donner quelques preuves des points soulevés par Andréa Richard, à la suite de l'étude que j'ai réalisée avec l'association Pour les droits des femmes du Québec (PDF Québec) sur les manuels scolaires du primaire pour ce cours.

«Demande à tes ami(e)s à quelle religion ils ou elles appartiennent»; «Et toi, que peux-tu leur apprendre sur ta religion?»

Voici des questions recueillies dans des cahiers d'exercice du cours ECR. Madame Richard a bien raison d'affirmer qu'on amène les élèves à «choisir une religion». Monsieur Dumas semble douter du fait que les religions sont présentées comme «bonnes».

Pourtant, il est presque toujours sous-entendu que les bonnes actions, que les valeurs sont inspirées par la religion. Les personnes modèles, les événements, les thèmes, sont présentés avec une saveur religieuse, même lorsque cela n'a rien à voir.

Un exemple assez remarquable est un dossier sur l'ouragan Katrina (Manuel Vers le monde, page 24) où le sauvetage est attribué à la Croix-Rouge, à Médecins sans frontières, et aux religions.

Pour ce qui est de la promotion de l'extrémisme religieux, les exemples sont nombreux, en particulier pour l'islam. La représentation continuelle du voile islamiste, même chez la petite fille, est en soi une promotion de cette pratique, au même titre que certaines activités incitant au port du voile, comme celles organisées par des associations étudiantes d'universités nord-américaines.

N'est-ce pas aller dans le sens d'une vision intégriste de l'islam et notamment de l'islam politique qui utilise la femme comme véhicule de propagande et d'affichage? N'est-ce pas inciter les petites filles musulmanes à s'identifier par ce vêtement? Comment une petite fille qui subirait des pressions dans sa famille pour porter le voile se sentirait à l'aise d'en parler à son enseignante alors que ce vêtement est présenté comme faisant partie du «vrai islam»?

Monsieur Dumas ironise sur le fait que «voir une femme voilée sur la couverture de leur manuel de cours n'a pas encore suscité aux jeunes filles l'envie irrésistible de l'imiter et de louanger Allah».

Il n'est pourtant pas nécessaire de rappeler l'impact de l'image dans une société bombardée d'annonces publicitaires à longueur de journée. À moins que M. Dumas considère que la publicité du voile est acceptable tant qu'elle ne touche pas «nos» enfants mais seulement les petites musulmanes?

En catégorisant les personnes en fonction de leur religion et en établissant une norme religieuse basée sur des dogmes et des rituels parfois sexistes et fondamentalistes, on ne peut, comme l'affirme Mme Richard, que «créer un terreau fertile (...) pour l'intégrisme religieux extrémiste». 

Je finirais en citant un passage du livre Désamorcer l'islam radical de l'anthropologue Dounia Bouzar: «C'est donc bien la catégorisation des musulmans qui repose sur la croyance et l'affirmation de l'existence de différences réputées «naturelles» qu'il faut combattre, pour désamorcer à la fois l'autorité des discours radicaux et celle des discours d'extrême droite».

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