Qu'attend TransCanada pour lancer la serviette?

Les sondages montrent le maintien d'une ferme opposition... (Archives, Le Nouvelliste)

Agrandir

Les sondages montrent le maintien d'une ferme opposition au projet de TransCanada et le nombre de municipalités qui s'y opposent continue à augmenter.

Archives, Le Nouvelliste

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Le Nouvelliste

Depuis l'annonce de son projet d'oléoduc Énergie Est en avril 2013, les mauvaises nouvelles s'accumulent pour TransCanada, faisant l'objet de critiques acerbes tant de la part des groupes environnementaux que des plus de cent municipalités québécoises qui s'y opposent.

En 2013, le baril de pétrole se négociait à plus de 100 $ et les perspectives à long terme laissaient penser qu'il en serait ainsi pour quelques décennies. Les projets d'extraction de pétrole des sables bitumineux avaient le vent dans les voiles et il était devenu essentiel de trouver une voie de sortie pour exporter ce pétrole bitumineux afin d'assurer la poursuite du développement de sa production.

Aujourd'hui, le pétrole se transige autour de 50 $ le baril et le coût de production d'un baril de pétrole des sables bitumineux tourne autour de 75 $.

Selon plusieurs experts, le prix du baril de pétrole demeurera bas pour une très longue période en raison des surplus de production, l'Arabie Saoudite et d'autres grands producteurs ayant compris qu'il valait mieux vendre leur pétrole à bas prix plutôt que de ne pas le vendre à 100 $ le baril. Le retour de l'Iran sur le marché ne fait qu'envenimer les choses.

Par ailleurs, les performances environnementales et l'autonomie grandissante des véhicules électriques suscitent un tel engouement qu'on prévoit qu'ils supplanteront les véhicules à essence vers 2020.

Cette augmentation du nombre de véhicules électriques sur les routes engendrera une baisse de la demande d'essence amplement suffisante pour maintenir les prix du pétrole bas à long terme. Sera-t-il possible de financer ce projet avec des perspectives de prix aussi mauvaises?

Enfin, les contraintes environnementales liées aux bouleversements climatiques vont se resserrer d'ici quelques années. Nos premiers ministres se sont entendus sur la nécessité de gérer les émissions de carbone, ce qui n'est que la prémisse à l'imposition de plafonds d'émission ou de taxes sur le carbone pour enclencher réellement la transition énergétique.

Il serait surprenant que les provinces autres que l'Alberta acceptent de payer pour les millions de tonnes de gaz à effet de serre émises par les projets de développement des sables bitumineux.

À la COP21, les pays du monde entier se sont entendus sur l'objectif d'éviter que la température moyenne mondiale augmente de plus de 1,5 à 2 °C. Les experts nous disent que pour respecter cet objectif le monde devra être carboneutre d'ici 2050 et que pour y arriver il faut commencer à réduire significativement (8 à 10 % par année) les émissions dès que possible.

Les prochaines discussions vont porter sur les engagements de chaque pays pour assurer le respect de cet objectif. Il est clair que la construction d'un oléoduc destiné à permettre d'augmenter la production de pétrole des sables bitumineux irait carrément à son encontre.

Nous avons aussi appris dans le cadre de cette conférence que le mouvement de désinvestissement des énergies fossiles ne cesse de prendre de l'ampleur et que les fondations Gates et Rockefeller retirent déjà leurs fonds du secteur pétrolier.

Les sondages montrent le maintien d'une ferme opposition au projet, le nombre de municipalités qui s'y opposent continue à augmenter, le gouvernement Harper, qui l'appuyait fortement, s'est fait montrer la sortie et les autochtones ont «une position d'opposition formelle et officielle au projet».

Maintenant que TransCanada a accepté de se soumettre à la loi québécoise, son projet sera évalué dans le cadre d'une nouvelle audience du BAPE cet automne en parallèle de celles de l'Office national de l'Énergie (ONE). Ces évaluations ne manqueront pas de retenir l'attention des médias et de catalyser les mouvements d'opposition...

TransCanada est sans doute prête à dépenser quelques dizaines de millions de plus pour voir comment les choses vont évoluer, mais il devient évident que ces millions seront dépensés en pure perte.

Serge Lévesque

Membre de Comité vigilance hydrocarbures de Trois-Rivières

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer