Léo Ferré, le poète symphonique!

Léo Ferré en 1984... (PHOTO CHARLES PLATIAU, ARCHIVES AFP)

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Léo Ferré en 1984

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Le Nouvelliste

Il y a 100 ans, le 24 août 1916, naissait Léo Ferré, celui qui allait devenir un des plus grands auteurs-compositeurs-interprètes de son temps.

En avril 1986, alors qu'il était de passage au Québec, j'ai eu le privilège de voir et d'entendre Ferré au Grand théâtre de Québec. Prestation magistrale fut donnée par un artiste tout aussi magistral.

Lors de ce concert, d'un peu plus de trois heures, je vis deux Ferré.

En première partie dudit concert, je vis le Ferré parolier de génie, installé seul devant son piano à nous chanter ses plus grandes chansons qui jadis avaient fait frissonnées les petites boîtes à chansons parisiennes et par la suite les plus réputées telles que Bobino, l'Alhambra et l'Olympia.

Puis ensuite je vis Ferré le poète symphonique, debout face à nous, installé devant un grand orchestre qui faisait dos au spectateurs et qu'il dirigeait tout en chantant des passages de son Opéra du pauvre.

À près de 70 ans, avec sa blanche crinière et son verbe éclatant, Ferré était impressionnant et magnifique.

Faut dire que Ferré avait la musique dans le sang depuis son plus jeune âge où il s'était initié à la musique classique. Grand amoureux de Beethoven et de Ravel, Ferré a d'abord composé des oeuvres symphoniques avant d'écrire des chansons.

Pour ma part, j'ai toujours senti de grandes affinités dans la musique des chansons de Ferré avec l'univers de Beethoven justement. J'ai toujours dit de Ferré qu'il était le Beethoven de la chanson française.

Ferré ne l'a pas toujours eu facile avec le milieu de la chanson française qui lui reprochait son anticonformisme. Il fut souvent boudé par les radios parce que ses chansons n'étaient pas à la vogue ou encore dans l'air du temps. Et même sa grande chanson Avec le temps fut d'abord refusée par une maison de disques française avant de devenir plus tard son plus grand succès gravé sur disque.

Mais heureusement Ferré a persisté et a signé et il a reçu la reconnaissance de son vivant.

Sa chanson C'est extra, largement diffusée dans les radios du monde, contribuera à agrandir sa renommée auprès du public et en fera un artiste populaire au sens noble du terme, malgré le fait qu'on disait de lui qu'il était un poète anarchiste.

Sa chanson La mémoire et la mer est à mes yeux sa plus grande réussite. Poème fleuve mis en musique magnifiquement, elle résume toute l'ampleur poétique qui habitait Ferré, sa démesure et son humanité.

Yvan Giguère, Fondateur de la Journée de l'Hymne au printemps

Saguenay

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