Les soins palliatifs, un trésor à préserver

Il faut respecter le cheminement, les hésitations, voire... (Archives, Le Nouvelliste)

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Il faut respecter le cheminement, les hésitations, voire les appréhensions des directions des maisons de soins palliatifs.

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Le Nouvelliste

Dans Le Nouvelliste du 18 août dernier, nous retrouvions un article concernant la position de la maison de soins palliatifs Albatros en ce qui concerne l'aide médicale à mourir. On n'y dispense pas ce service à l'instar de 29 (sur 31) autres maisons au Québec. 

Un patient fut transféré à l'hôpital où on lui a administré ces soins létaux. Cet article m'a personnellement interpellé.

On y trouve une certaine exaspération de la part d'un médecin spécialiste des soins palliatifs et une bonne dose d'agressivité de la part du ministre de la Santé.

Soyons clairs: je suis d'accord avec la «loi no 52 concernant les soins de fin de vie». Je crois néanmoins qu'il faut respecter le cheminement, les hésitations, voire les appréhensions des directions des maisons de soins palliatifs.

Laissons le temps au temps, les choses vont prendre leur place. Les enjeux sont importants et il ne faut pas compromettre tout le magnifique travail accompli par le personnel de ces maisons.

Je suis bénévole à Albatros depuis quelques mois. Cependant, je n'en suis en aucune façon le porte-parole et les gens d'Albatros liront cette lettre en même temps que tout le monde.

J'y suis bénévole à l'accueil parce que j'y ai rencontré un lieu rempli d'humanité, de bonté, de dévouement, de savoir-faire et de savoir être. Ma femme, Monique, y est morte l'an dernier.

Un lieu de savoir-faire et de savoir être? Prendre la décision d'amener sa femme à Albatros c'est, à toutes fins utiles, du moins dans mon état d'esprit d'alors, baisser les bras, renoncer, l'amener dans un lieu de mort. Il a fallu qu'une de mes filles y mette toute sa diplomatie pour m'en convaincre.

J'étais épuisé et je savais au fond de moi que mes soins, mes compétences avaient atteint leurs limites. Monique a accepté l'inéluctable par amour pour moi, pour me protéger. Une démarche complètement, totalement cruelle.

On nous a reçus avec énormément d'empathie. On comprenait très bien le drame que nous vivions. «Elle peut venir dormir ici la nuit et vous pouvez l'amener chez vous dans la journée, pas de problème». Il n'y a pas de règle rigide, on respecte la volonté des patients et de leur entourage. Ce n'est pas l'hôpital!

La première nuit fut agitée. Le lendemain, sous sédatif, nous n'avons pas pu sortir. L'agonie était commencée. Un infirmier, à une autre de mes filles (j'en ai trois) qui s'inquiétait de savoir si Monique souffrait: «regarde son visage, ses traits, la position de son corps, elle ne souffre pas, elle est très belle...».

Quant à mon fils, qui passait une bonne partie de la nuit, pour me permettre de dormir dans le lit de fortune qu'on avait installé dans le coin de la chambre, il découvrait ce qu'il a fini par appeler «la science des oreillers»! Il n'en revenait pas de voir comment on connaissait les signes corporels et surtout comment on savait y répondre. Puis vint la fin.

L'infirmier et l'infirmière qui nous avaient accompagnés au cours de ces cinq jours savaient que Monique n'en avait plus que pour quelques minutes, ils y étaient tous les deux, un changement de garde.

Nous étions tous là, silencieux, lui tenant la main, sachant, parce qu'on nous l'avait expliqué, que les derniers instants s'écoulaient, puis... son dernier souffle.

Bertrand Rainville

Trois-Rivières

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