Centré sur lui, monsieur Duplessis

Maurice Duplessis... (Archives La Presse)

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Maurice Duplessis

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Le Nouvelliste

Saluons les captivants papiers écrits dans Le Nouvelliste, la semaine dernière, par Martin Lafrenière, puis un autre qui s'est ajouté de Jean-Marc Beaudoin samedi au sujet de Maurice Duplessis.

Pour ma part, j'ai particulièrement apprécié la remarque d'une interviewée, Lucia Ferretti, historienne et enseignante à l'UQTR, qui considère que l'une des grandes tares du régime Duplessis aura été de ne pas doter l'État québécois d'une véritable fonction publique efficace et, ajoutons, visionnaire.

Vous savez ce que répondait ce premier ministre à la question de savoir combien de personnes travaillaient au gouvernement? - La moitié!

C'est peut-être drôle mais ça illustre, hélas, l'estime que l'homme pouvait avoir pour celles et ceux qui prendront un peu plus tard le nom de fonctionnaires.

En fait, on en arrive à penser, à force de fréquenter des lectures au sujet de Duplessis que celui-ci, malheureusement, n'avait que du mépris pour les autres; croyait que seule comptait sa petite personne.

Avec lui, on était dans le règne du «Toé, tais-toé»; ce que d'ailleurs celui-ci dira un jour à l'un de ses ministres en chambre...

Bien sûr, on aura, dans la bonne humeur, retenu la figure folklorique en lui qui dira, par exemple, au moment de l'annonce des élections en 1936: «Avec un gouvernement aussi dissolu, la dissolution s'imposait».

Bien sûr, on aura retenu le personnage hyper folklorique que nous a renvoyé la série télévisée des années 70 avec l'irremplaçable Jean Lapointe, mais voyez comment le chanoine Lionel Groulx l'épingle un jour: ce «célibataire égocentrique, qui ne connut jamais, à ce qu'il semble, la vraie jeunesse, la fraîcheur du coeur».

Dans ses mémoires palpitantes, le chef de l'opposition libérale dans les années 50, Georges-Émile Lapalme, raconte combien tous pouvaient souvent être démontés lors de rencontres privées avec le «cheuf», qui ne s'en tenait alors qu'à des ragots concernant telle ou telle personne.

Duplessis, rencontrant un jour le grand écrivain et diplomate Ringuet - de son vrai nom Philippe Panneton - qui avait été l'un de ses confrères d'école, lancera à celui-ci: «Eh! Philippe, tu continues donc à faire des petites compositions!»

Le solliciteur général dans son gouvernement, Antoine Rivard, déclara ceci un jour: «Nos ancêtres nous ont légué un héritage de pauvreté et d'ignorance, et ce serait une trahison que d'instruire les nôtres».

Lui-même, Duplessis, dira un jour: «Le progrès, ça se fait par étapes! Puis les étapes, c'est moi qui les décide».

Pensez qu'en campagne électorale, il se faisait conduire en voiture décapotable pour lancer dans les parcs des 10 cents aux enfants et ça vous donne une idée du peu de considération qu'il pouvait avoir pour les autres, pour son peuple.

Seule l'intéressait la joute politique, c'est-à-dire de gagner ses élections, et on eut une illustration des excès de celles-ci grâce à un article dévastateur des abbés Gérard Dion et Louis O'Neill à la suite du scrutin du 20 juin 1956 où nombre de ses organisateurs profitèrent de la campagne pour «partir sur une balloune» et distribuer aux gens des réfrigérateurs afin de s'assurer de leur vote.

Il a existé et il existera toujours de ces êtres absolument centrés sur eux-mêmes, suffisants, ne faisant pas de cas des autres et, hélas!, n'offrant ni vision, ni distance par rapport aux enjeux qui se posent à eux.

Si bien que l'ère Duplessis, appelée la Grande Noirceur, en fut une d'immobilisme. Bien entendu, il se passa plein de choses. Forcément. Mais vraiment pas suffisamment. Ce n'est pas sans raison que Paul Sauvé, qui succéda à Duplessis pendant 100 jours avant de décéder, n'avait qu'un mot à la bouche: désormais...

Enfin, on me permettra sans doute de terminer sur une note plus légère, humoristique: le matin des funérailles de Maurice Duplessis, le 10 septembre 1959, je me réveillai en retard pour l'école et me mis aussitôt à le reprocher à ma maman. C'était avant que celle-ci m'apprenne qu'il n'y en avait pas, justement, d'école ce jour-là en raison de cet événement retransmis à la télévision.

Bien installé devant le petit écran et regardant le «spectacle» en mangeant mes céréales, le petit gars qui venait de commencer sa première année dit à sa mère: «C'est d'valeur qu'il est mort, Duplessis» et celle-ci lui répondit «C'est pas si d'valeur que ça»!

Réjean Martin

Trois-Rivières

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