La petite noirceur

Sébastien Houle, photographié dans un autobus conduisant des... (Stéphane Lessard, Le Nouvelliste)

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Sébastien Houle, photographié dans un autobus conduisant des citoyens à Québec la semaine dernière pour manifester contre le projet de loi 106.

Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

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Le Nouvelliste

La fin de l'été verra l'Office national de l'énergie (ONE) débarquer au Québec pour une série d'audiences sur le controversé projet de pipeline Énergie Est de la compagnie TransCanada.

Des sessions sont prévues à Montréal et à Québec. La Mauricie y sera plutôt timidement représentée par ses élus; à force de pression, des citoyens de la MRC de Maskinongé ont bien obtenu que celle-ci présente à l'ONE une demande de participation tardive, laquelle vient d'être acceptée, in extremis.

On pourra cependant légitimement se questionner sur la teneur d'une représentation acquise des élus, à l'arraché. Trois-Rivières a pour sa part demandé que son statut d'intervenant devant l'Office soit révisé pour se contenter de celui d'auteur d'une lettre de commentaires; pourquoi faire compliqué?

Décidément, qu'un million de barils de pétrole nous passent sous les pieds quotidiennement, avec les risques que cela comporte, ne semble ici émouvoir personne. Rappelons qu'ailleurs au Québec, les MRC ou villes directement touchées par le tracé projeté de l'oléoduc feront des représentations devant l'ONE dans une proportion d'environ 90 %. L'éditorialiste Martin Francoeur parlait récemment, avec à-propos, de l'inquiétante indifférence qui sévit chez nous...

Autre sujet d'actualité, qui touche lui aussi la filière pétrolière et gazière, est le projet de loi 106 sur la politique énergétique du Québec. Celui-ci contient un pan entier - voire une loi entière - sur les hydrocarbures.

Bien que déposée en fin de session parlementaire alors que la vaste majorité des Québécois s'affairait aux préparatifs des vacances, la législation proposée n'a néanmoins pas tardé à provoquer une levée de boucliers.

Une centaine de citoyens de la région se sont d'ailleurs déplacés à Québec la semaine dernière, afin d'aller manifester leur opposition au controversé projet de loi, devant l'Assemblée nationale.

Les libéraux auront réussi le tour de force de liguer société civile, peuples autochtones, partis politiques, municipalités, syndicats, et autres entités pour dénoncer à l'unisson cette énième attaque du gouvernement libéral contre l'Édifice québécois.

Le projet de loi, qui regorge de dispositions donnant préséance à l'industrie pétrolière et gazière sur les municipalités et leurs schémas d'aménagement, culmine en ouvrant la porte à l'expropriation des propriétaires terriens, si besoin est. Pour couronner le tout, on invoque ici la poursuite du bien commun!

Or, si le tollé que suscite le projet de loi 106 est généralisé, on notera que les élus municipaux de la Mauricie, à quelques exceptions près (pensons à la mairesse de Batiscan ou plus récemment, au maire de Saint-Élie-de-Caxton), font encore bande à part.

Ce n'est pas que nos représentants n'aient pas été sollicités ou sensibilisés: des résolutions et projets de règlement circulent dans les municipalités, initiative du maire de Lanoraie et d'une dizaine de collègues inquiets de cette nouvelle dérive néolibérale, afin de faire front commun contre les noirs desseins du gouvernement; une conférence donnée par des experts pour vulgariser le volumineux projet de loi, en juillet dernier, dans le secteur Cap-de-la-Madeleine, a rassemblé plus d'une centaine de citoyens et a vu les élus mauriciens y briller par leur absence.

Pendant qu'à Trois-Rivières, on affirme ouvertement ne pas juger qu'il vaille la peine d'investir de l'énergie dans le dossier, l'ineffable préfet Robert Lalonde, de la MRC de Maskinongé, interpellé sur le projet de loi lors de la période de questions de la dernière assemblée de conseil et visiblement déjà mis au fait des préoccupations des citoyens présents, avait une réponse toute prête: il a gratifié l'assistance de la lecture d'un article de La Presse+ où le ministre Arcand (responsable dudit projet de loi) faisait état du bien-fondé de son projet! Ça ne s'invente pas.

Pendant que, partout au Québec, maires et mairesses se battent vaillamment aux côtés de citoyennes et citoyens soucieux de la préservation de leurs milieux de vie, les élus de la Mauricie font preuve de ce qu'il ne suffit plus de qualifier d'indifférence, mais de ce qui s'apparente de plus en plus à de la complaisance.

C'est sur les épaules de citoyens et citoyennes engagés - Marc Brullemans et Joyce Renaud dans Trois-Rivières ou Pierre Foisy dans Maskinongé, pour ne nommer qu'eux - que repose trop souvent la défense de l'intégrité environnementale du territoire mauricien.

Des gens qui organisent, éduquent, sensibilisent, informent, dénoncent, rassemblent, mobilisent et luttent, trop souvent au prix de sacrifices personnels immenses, dans l'ombre des élus. Cela doit cesser! Ces environnementalistes, comme on se plaît à simplifier, méritent mieux. Ailleurs au Québec on les écoute et les invite; leurs voix portent et s'inscrivent dans la nécessaire conversation démocratique. Pourquoi n'en est-il pas ainsi ici?

À un an à peine des prochaines élections municipales, un sérieux examen de conscience s'impose. À l'heure du scrutin, le temps sera peut-être venu d'aérer un peu la maison.

Sébastien Houle

Saint-Élie-de-Caxton

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