Redécouvrir son identité pour retrouver sa fierté

Des problèmes de pauvreté, d'alcoolisme, d'obésité morbide et...

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Des problèmes de pauvreté, d'alcoolisme, d'obésité morbide et d'enfants négligés existent à Manawan, mais la communauté est bien décidée à les régler.

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Le Nouvelliste

Cet été, j'ai réalisé un rêve: rencontrer une culture voisine mais méconnue, celle des Atikamekws de Manawan. Quels beaux imprévus!

Rapidement, nous sommes invités à assister à l'arrivée, dans la baie du lac Metabeskake, de 27 canots partis d'Opitciwan, à 250 km, il y a 12 jours. Des garçons et des filles, accompagnés de quelques aînés dont un grand-père de 74 ans et son épouse, tentent ainsi de redécouvrir des habiletés et une fierté ancestrales. L'arrivée est prévue vers 13 h, mais la fébrilité est palpable depuis le matin! Dès midi, tous les yeux sont rivés sur la pointe et quand le premier canot apparaît, des coups de fusils éclatent et plusieurs mamans se mettent à pleurer. Chaque canot arbore le drapeau de son clan et quand les rameurs lèvent leurs rames à l'unisson, les tamtams se déchaînent... Les rameurs et leurs parents s'étreignent longuement en se retrouvant. C'est un moment sacré.

L'arrivée est suivie d'une longue prestation des joueurs de tamtam qui chantent des chants de gorge. Les gens sont recueillis: une femme écoute les yeux fermés et sur son chandail il est écrit: «Il faut marcher doucement sur la terre-mère». Émue, je ne peux oublier que dès 1642, et pendant des siècles, l'Église a interdit les pow-wow, les potlach, les festins à tout manger, les tentes à suerie, les tentes branlantes, les tamtams, les chansons et les danses rituelles. La dépossession de la terre volée aux Premières Nations, a été précédée par quelque chose de plus cruel encore: la prise de possession des âmes! Heureusement, aujourd'hui, des esprits forts, rebelles, créatifs, ceux de Thérèse Niquay, de son fils Patrick, de Ckina Maor, de Kate Newashish, du chef du conseil Jean-Roch Ottawa et de beaucoup d'autres travaillent d'arrache-pied pour aider les leurs à redécouvrir les richesses des rites ancestraux.

Vendredi soir, on nous invite à un festin de partage (moukousan). Des femmes de la réserve ont cuisiné pour tous: orignal, chevreuil, doré... braisés, en bouillis, en pâte... accompagnés de la meilleure banique qui soit. Quand on voit à quel point les aînés et les petits-enfants occupent une large place dans la communauté, on se dit que le meilleur des mondes n'est pas toujours celui qu'on pense!

Des problèmes de pauvreté, d'alcoolisme, d'obésité morbide et d'enfants négligés existent à Manawan, mais la communauté est bien décidée à les régler. Pour assurer des logements salubres, toutes les maisons appartiennent au Conseil de bande qui les loue aux gens à des tarifs adaptés à leurs revenus. Un petit village, jadis misérable et négligé, s'enrichit chaque année de dix nouvelles maisons qui s'ajoutent au patrimoine.

De plus, pour faire du pow-wow annuel une fête de l'honneur et de la dignité, la communauté a appuyé la proposition de Jean-Roch Ottawa d'interdire l'alcool et la drogue sur tout le territoire de la réserve pendant les festivités. Finalement, sous la pression de la population, les Services sociaux placent maintenant les enfants négligés ou abusés dans des familles de la réserve.

Nous passons beaucoup de temps chez Ckina Moar, un chef spirituel du village. Ckina danse dans les pow-wow, il sculpte dans le bois des bâtons d'honneur, des aigles, des ours d'une taille impressionnante, il fait des costumes traditionnels pour les pow-wow dont une coiffe en poil d'orignal et plumes d'aigles qui est une véritable oeuvre d'art, il perle des plastrons, des makassins et des parures de cheveux. Habituellement ce sont les femmes qui perlent, mais un jour Ckina a rêvé d'un perlage et comme sa femme, sa fille, sa soeur, n'arrivaient pas à rendre les motifs dont il avait rêvé, il a décidé de s'y mettre lui-même... avec bonheur! Ceci n'a d'ailleurs rien d'étonnant dans une culture dont la langue n'a aucun signe distinctif pour désigner le masculin du féminin!

Le jour de notre départ, Patrick nous invite à la chasse traditionnelle à l'orignal l'automne prochain et vous savez quoi? Nous viendrons... parce que la chasse est un autre rituel sacré de ce peuple qui respecte par-dessus tout les animaux, sachant qu'il en a absolument besoin pour se nourrir. Matchashi! Au revoir!

Jacqueline Lanouette

Rosemère

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