Hostilité et incompréhension

On ne parle pas, doit-on le rappeler, du... (La Presse)

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On ne parle pas, doit-on le rappeler, du bruit inhérent à l'activité d'un centre-ville, mais à des gestes qui vont à l'encontre de la réglementation existante. Des crissements de pneus, des accélérations dans un tunnel, des silencieux modifiés, des grondements de moteurs inutiles à toute heure de la nuit.

La Presse

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) C'était prévisible. La demande d'intervention de plusieurs citoyens du centre-ville de Trois-Rivières exaspérés par le bruit excessif a donné lieu à une avalanche de commentaires, notamment sur les réseaux sociaux.

Que des personnes soient en désaccord avec les résidents qui se plaignent du bruit excessif, c'est tout à fait légitime. Mais là où ça devient problématique, c'est lorsqu'on lance des insultes injustifiées aux personnes qui dénoncent un problème.

Injustifiées parce que ce que déplorent les résidents du centre-ville qui interviennent ces jours-ci, ce sont les gestes illégaux qui sont commis par des délinquants. On ne parle pas, doit-on le rappeler, du bruit inhérent à l'activité d'un centre-ville, mais à des gestes qui vont à l'encontre de la réglementation existante.

Des crissements de pneus, des accélérations dans un tunnel, des silencieux modifiés, des grondements de moteurs inutiles à toute heure de la nuit.

Les plaintes de ces résidents, qui tolèrent déjà leur lot de bruit et de désagréments liés au choix qu'ils ont fait de demeurer au centre-ville, sont ici très pertinentes. Et elles doivent soulever des questions sur le laxisme de la Ville de Trois-Rivières et de son service de police ainsi que sur l'absence de volonté politique d'intervenir sur ce problème.

Mardi, des commentaires hostiles sont apparus et ont immédiatement créé un fossé générationnel dans ce débat pourtant pertinent.

De nombreux jeunes - adolescents et jeunes adultes - ont tout de suite décrié les propos du citoyen qui est intervenu à l'hôtel de ville lundi soir. Son intervention était claire, bien préparée et pas du tout véhémente.

D'ailleurs, il faut saluer l'ouverture des élus qui l'ont écouté sans broncher pendant plus de dix minutes, signe peut-être qu'il y en a au conseil qui sont conscients qu'il y a un réel problème.

On se demande si les jeunes personnes en question ont lu la nouvelle ou se sont limitées à en lire le titre seulement. Peu importe, plusieurs se sont déchaînés.

Quelques exemples?

«Encore des têtes grises à la retraite qui se cherchent de quoi s'occuper... Non mais faut tu être déconnecté pas à peu près pour penser avoir la paix en demeurant au centre-ville...»

Ou encore - un décodage suivra - ce commentaire: «Decolis dla ville vieu tbnk si tu veut pas de bruit voyon don st sacrament que le monde lechappe sa splein tjrs pi apres c ns qui paye gang de 2dpic». Ce qui veut dire: «Décâlisse de la ville, vieux tabarnak si tu ne veux pas de bruit. Voyons donc, saint Sacrement, que le monde l'échappe. Ça se plaint toujours et après, c'est nous qui payons... Gang de deux de pique.»

Et plusieurs autres commentaires désobligeants comme «Gang de vieux frustrer [sic] de la vie» ou «Le monde devient moron en vieillissant».

Comme le faisait récemment remarquer dans ces pages le professeur de l'UQTR David Crête, ces commentaires hostiles sont plutôt courants sur les médias sociaux. Dans ce monde virtuel, dit-il avec justesse, «notre comportement diffère du bon vieux face-à-face, notre langage aussi». 

Pas de contact direct alors moins de culpabilité. Les barrières de l'autocensure et de la politesse élémentaire tombent. Et les propos violents ou hostiles sont souvent contagieux.

Non seulement l'épisode de dénonciation du bruit excessif est-il empreint d'incompréhension du problème en soi, mais il se teinte aussi d'une hargne envers ceux et celles qui osent soulever le problème. Les arguments, lorsqu'il y en a, deviennent fallacieux. Autrement, on se limite souvent à des banalités comme «qu'ils déménagent s'ils sont pas contents».

Beaucoup d'auteurs de commentaires hargneux sont aussi bêtes et irrespectueux que ceux qui sont au coeur du problème de bruit excessif et illégal.

Si au moins on se donnait la peine de s'informer correctement et d'argumenter avec sérieux si on n'est pas d'accord, ce serait un réel progrès. Et si on le faisait dans un français lisible, ce serait encore mieux.

Mais ce sont là des utopies, sans doute.

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