Ce que Charlebois ne sait pas

Les producteurs laitiers du pays doivent se soumettre... (Archives, Le Voix de l'Est)

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Les producteurs laitiers du pays doivent se soumettre à des normes parmi les plus sévères au monde.

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Le Nouvelliste

Dans une lettre d'opinion parue dans notre quotidien le 30 juillet, Sylvain Charlebois affirmait: «Bien sûr, le beurre est un ingrédient essentiel pour plusieurs produits laitiers comme la crème glacée, le yogourt et le fromage». Rien de plus faux, on ne se sert pas de beurre pour fabriquer les produits en question...

Pourquoi vous inquiétez-vous des transformateurs et des restaurateurs sans vous questionner sur leur marge de profit et de leur degré de risque? Ces derniers sont assurés d'avoir tous les produits laitiers nécessaires, beau temps mauvais temps, livrés à leur porte. Les producteurs laitiers, eux, doivent aussi produire les aliments pour leurs animaux. Ils composent souvent avec les caprices de la météo des quatre saisons, pouvant affecter les rendements en quantité ou en qualité.

Ce qui nous différencie des autres pays cependant est la qualité du produit que nous produisons. Nous sommes soumis à des normes de production les plus sévères au monde, appelées «Lait Canadien de Qualité» (dérivée de Haccep et semblable à ISO 9002). De plus, l'hormone de croissance somatotropine permise chez nos voisins du sud est interdite au Canada et c'est très bien comme ça. Cependant, nous renonçons ainsi à un potentiel d'augmentation de production de 15 % par vache afin de garantir au consommateur une innocuité à toute épreuve. Nous sommes soumis à des exigences environnementales parmi les plus élevées mondialement qui représentent des investissements énormes en capitaux et en temps.

Ces dernières années, le prix de la machinerie qui est principalement produite aux États-Unis et en Europe a subi un bond important (taux de change défavorable de 30 %). Malgré tout cela et le fait que notre nombre diminue constamment, nous continuons de garantir aux Canadiens un approvisionnement complet à prix stable grâce à notre système de contingentement. Mais ne nous demandez pas de concurrencer les surplus occasionnels de d'autres pays à prix de domping. En passant, M. Charlebois, pendant la crise de la vache folle, le producteur canadien a vu le prix de ses vaches de réforme divisé par quatre (de $0.60/lb à $0.15/lb) et le prix au consommateur est resté relativement stable. À qui donc a profité ces fluctuations? Saviez-vous que la part du producteur laitier n'est que de 18 % du prix de détail du fromage, lequel représente 4 % du prix d'une pizza au restaurant? C'est trop pour vous?

Pourquoi, à chacune de vos sorties médiatiques, crachez-vous sur le producteur de lait canadien, lui qui a absorbé une diminution de 8 % du prix du lait à la ferme au cours des deux dernières années, due aux importations illégales de lait diafiltré des États-Unis? À qui cela a-t-il profité vu que le consommateur paie toujours le même prix? Vous vous trompez de cible.

En mai 2016, les producteurs canadiens ont manifesté à Ottawa pour simplement demander au gouvernement Trudeau de faire respecter la loi et les accords déjà signés entre les pays. Rien à faire, Trudeau ne veut pas «indisposer» les Américains et préfère voyager autour de la planète en «rock star» en mettant en péril l'industrie laitière du pays. Il y a un manque net de volonté politique et le poids démographique des agriculteurs diminue de jour en jour. Nous ne voulons pas devenir à la charge de l'État, subventionnés comme les Européens et les Australiens et avons besoin du soutien des électeurs.

Pourtant vous savez mieux que quiconque que l'autosuffisance alimentaire de tous les pays est importante et que notre système garantit au consommateur la qualité et la quantité du produit à un prix stable. Je vous trouve provocateur, démagogue et profiteur de l'ignorance du public. Autrefois, nous avions dans chaque famille au moins un frère ou un cousin producteur laitier qui informait le consommateur de la réalité. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Finalement, je me demande qui vous paie pour saboter ainsi la ferme familiale canadienne? Une ferme de 12 000 vaches laitières voisin de chez vous, ça vous intéresse?

Je tiens à souligner la justesse des propos de Mme Alexandra Malenfant-Veilleux de l'UQTR (1er août, page 13 de notre quotidien), qui vient rétablir les faits. Votre article se déguste tout comme une bonne crème glacée en ces belles journées chaudes de l'été. Félicitations!

Réjean Hivon, producteur laitier

Sainte-Anne-de-la-Pérade

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