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Oui, y est ben tanné de tous ces préjugés envers les personnes à l'aide... (Photo archives La Presse)

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Le Nouvelliste

Oui, y est ben tanné de tous ces préjugés envers les personnes à l'aide sociale, que plusieurs appellent encore les «B.S.».

Si le monde savait comment se passe ma vie de «B.S.»... Il faut que je vous dise en premier que, avant, j'ai toujours travaillé. J'ai fait mon premier rapport d'impôt à 17 ans. Et bien là, aujourd'hui, je suis rendu à presque 60 ans et je ne suis plus capable de travailler. J'ai donné ma santé à mes ex-employeurs. J'ai pas demandé à être là où je suis rendu. Aujourd'hui, je suis pogné pour marcher avec une canne parce que je fais de l'arthrose aux deux genoux. Là, vous allez me dire: «Bon OK, toi. C'est bien correct et compréhensible que tu sois sur le B.S.» Alors, si c'est correct, pourquoi me regarde-t-on comme si j'étais un extraterrestre? De la pitié peut-être.

Je ne suis pas le seul ou la seule à être dans cette situation, monsieur et madame. Arrêtez donc de nous juger. Coudonc, est-ce que c'est marqué dans ma face? C'est sûr que je n'ai pas les moyens de m'acheter des petits pots de crème à 20 $. C'est bien sûr que je ne suis pas capable non plus de m'acheter des pantalons ou des jeans qui ont un peu d'allure. Je dois faire les sous-sols d'églises. Je suis rendu aussi avec des pellicules dans les sourcils. Misère! Ça se peut-tu que j'aie une carence alimentaire de quelque chose?! C'est bien sûr que je ne suis pas capable de m'acheter des bons fruits ou un petit morceau de fromage qui a de l'allure. Avec tout ça, est-ce que ça se peut que je paraisse plus vieux que mon âge? Oui. Est-ce que ça se peut que je puisse avoir des problèmes de santé à me nourrir de cette façon? Oui, également. Parfois, je suis pogné, pour manger, d'aller quêter un peu de nourriture dans une banque alimentaire. Si vous saviez comment ma dignité et mon orgueil en mangent toute une.

Encore là, cela peut-être endurable jusqu'à un certain point. Ce qui me met le plus en colère, c'est de voir à quel point les gens ont encore beaucoup de préjugés envers les personnes à l'aide sociale. Ça fait plus de deux mille ans que la pauvreté existe et il y aura de plus en plus de pauvres dans les années à venir. Alors, peut-on en revenir des préjugés et apprendre à vivre ensemble et en solidarité les uns envers les autres?

Je ne reçois pas tout à fait 10 000 $ par année (ceci inclut le Crédit d'impôt pour solidarité et le remboursement de TPS) pour me loger, me nourrir, m'habiller et payer les comptes. Si vous divisez mon presque 10 000 $ par 12 mois, ça fait grosso modo 835 $ par mois. Selon l'organisme ATD Quart Monde, je devrais recevoir 1437 $ par mois pour vivre convenablement. Vous, y arriveriez vous? Encore là je réussis en faisant des tours de force, parce que je fais attention à mon budget, je ne bois pas une goutte d'alcool et ne me permets de presque pas de «petites folies» à l'épicerie. Je ne souhaite à personne d'être dans mes shorts; car ils verraient que ce n'est pas un maudit cadeau. Donc, SVP, essayez donc d'avoir un peu plus de compassion envers les personnes à l'aide sociale et les autres personnes pauvres. Merci.

Claude Béland

Notre-Dame-du-Mont-Carmel

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