Le nationalisme canadien et le Québec bashing

La campagne référendaire de 1995.... (Archives La Presse)

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La campagne référendaire de 1995.

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Le Nouvelliste

Le 18 juillet dernier, l'ombudsman de CBC, Mme Esther Enkin, rendait un jugement au sujet du Québec bashing allégué par M. Will Dubitsky au sujet du commentaire d'un panéliste à l'émission The National.

Le panéliste en question, M. Stephen Marche, au cours d'une discussion sur le thème de Donald Trump et du Brexit, remarquait que la situation n'était pas la même au Canada puisque, entre autres, «nous avons eu 1995 et regardé dans l'abysse de ce que le nationalisme ethnique aurait pu faire à notre pays». Dans son jugement, l'ombudsman disculpait M. Marche et concluait que les critiques du nationalisme québécois n'étaient pas du bashing, mais de l'opinion. Pour le diffuseur, on n'avait enfreint aucune politique.

Le but, ici, n'est pas de remettre en question le jugement rendu par Mme Enkin. Cependant, l'argumentaire déployé par l'ombudsman nous permet d'approfondir la question du Québec bashing. Dans sa plainte, M. Dubitsky suggérait que de «décrire le référendum de 1995 comme ''l'abysse du nationalisme ethnique'' est du Québec bashing, et [qu']on dépeint ainsi les nationalistes québécois comme des xénophobes».

Dans sa réponse, Mme Enkin indique que les analystes ne s'entendent pas sur la pertinence du concept, certains niant la réalité même du phénomène qu'elle associe pour sa part au «paradoxe de l'identité québécoise». Elle cite ainsi Gérard Boismenu, dans un ouvrage de 2011: « [...] un paradoxe fondamental est à la base de l'identité québécoise aujourd'hui. La nature de ce paradoxe réside dans la nécessité d'avoir un ''visage français'' (en français dans la citation) d'une part, mais de s'assurer d'autre part qu'il ne se réduit à l'ethnicité et au nationalisme d'autre part.» On comprend donc que, pour l'ombudsman, le commentaire de M. Marche est une appréciation, peut-être mal avisée, de ce paradoxe.

Mme Enkin souligne par la suite que, dans le cours de la discussion, «plusieurs commentaires émis par les panélistes sur le Canada et sur les raisons pour lesquelles il s'illustre dans le contexte international» ne font pas la critique du Québec, et elle cite en exemple un autre panéliste, Jonathan Kay: «Le fait [est] que le Canada est une exception à la tendance mondiale: nous n'avons aucun parti contre les immigrés ou l'intégration globale. Nous nous sommes dit toute notre vie que le Canada était spécial. Maintenant, pour la première fois de ma carrière journalistique, je regarde autour et je peux dire que nous sommes vraiment spéciaux.»

Personne n'aurait pu douter de la décision finale dans ce dossier, et il ne s'agit pas d'être en désaccord. Le premier ministre Trudeau lui-même a déjà comparé l'ancienne première ministre Pauline Marois à Donald Trump. Et tous ceux qui suivent ce qui se passe au Canada anglais ont remarqué depuis les élections de l'automne dernier la fièvre patriotique qui s'est emparée des médias anglophones.

Rick Salutin, du Toronto Star, décrivait récemment le Canada comme «la gloire de la diversité», et le correspondant parlementaire à Queen's Park du même journal, Robert Benzie, affirmait le 24 juin dernier que les partisans du Brexit au Canada étaient des gens horribles comme ces «petits génies à tête grise qui défendent toujours la sécession du Québec». À la personne qui lui faisait remarquer le côté disgracieux de ce commentaire en ce jour de la Fête nationale (et qui n'évoquait pas le Québec bashing), Benzie rétorqua: «Ce n'est pas du Québec bashing que de vouloir que le Québec reste dans le Canada».

Il faudrait peut-être retenir une autre hypothèse sur le Québec bashing que celle du «paradoxe de l'identité québécoise». Et s'il logeait plutôt au coeur d'un nationalisme canadien suffisant, et paradoxalement (!) léger, qui nie la réalité québécoise et l'existence historique de la décennie 2006-2015?

Simon Couillard

Trois-Rivières

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