Un coin du voile levé sur le terrorisme

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La France serait plus en sécurité si elle instaurait des mesures sociales pour prévenir le terrorisme plutôt que des mesures d'urgence pour le combattre.

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Le Nouvelliste

Au printemps 2015, une religieuse d'origine québécoise, Gilberte Bussière, missionnaire au nord du Cameroun, a été enlevée avec deux prêtres italiens et amenée au Nigéria, dans un fief de Boko Haram. Leur captivité a duré 58 jours; elle a attribué sa libération aux prières et à leur amour pour leurs ravisseurs. Ce qui l'a le plus frappée? Ce sont, a-t-elle dit, «des jeunes sans espoir».

Ce passage de son témoignage m'a beaucoup éclairé. Les terroristes ne seraient-ils pas des «sans espoir»?

On ne naît pas terroriste, on le devient. On le devient souvent pour des raisons très complexes, je m'arrête ici seulement à l'une d'elles qui est relativement simple. On devient terroriste à force d'être exclu par des lointains comme par des proches, de n'avoir sa place nulle part dans le monde. On n'a plus de nom, plus personne ne nous connaît. Eh bien, par un geste d'une barbarie spectaculaire, le monde entier saura comment je m'appelle. Je m'appelle Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, résidant à Nice et d'origine tunisienne.

Amalgamés à l'invisible, ne laissant nulle trace d'eux où qu'ils aillent, vivant dans la nuit, les terroristes, par des actes foudroyants, se mettent dans une lumière à crever les yeux. C'est l'espoir des désespérés. L'espoir que la nuit aura une fin, qu'un jour nouveau est possible.

Le terrorisme n'est pas le mal en soi, mais un symptôme, celui d'une suite d'exclusions fruits de solidarités très sélectives. Les murs que Donald Trump veut élever pour assurer la sécurité de la Nation la mettent, au contraire, en grand danger.

Quand nous voyons, après un attentat, tout un peuple se solidariser, au-delà des différences de croyances, de couleurs, de partis, d'intérêts, on se dit: «C'est trop tard. C'est comme pratiquer sur un mort l'opération qui aurait pu lui sauver la vie. Car ce carnage ne se serait pas produit si un tel rassemblement avait eu lieu des jours plus tôt.»

Si l'exclusion sociale est la mère du terrorisme, le manque d'espérance de la société en est le père. C'est l'ingrédient qu'il faut pour déclencher l'espoir des désespérés. Le pessimisme du monde est une goutte d'eau sur un fer rouge. C'est le terreau propre à faire germer la graine terroriste. Autant d'images pour décrire l'effet très explosif de ce pessimisme omniprésent. De fait, le noir est la couleur du temps. Si bien qu'«aujourd'hui, c'est le constat lucide d'Éric-Emmanuel Schmitt, l'optimisme pâtit d'une mauvaise presse; lorsqu'il ne passe pas pour de la bêtise, on le croit provoqué par l'absence de lucidité. Dans certains milieux, on va jusqu'à discerner une forme d'intelligence au nihiliste, à celui qui crache sur l'existence!» 

Devenu ingrédient de notre culture, le pessimisme est le vivier du terrorisme. Ce n'est pas par hasard si la France, qui a remporté le titre de «pays le plus pessimiste du monde» (L'Express, numéro du 7 au 13 juin 2015), est celui où le terrorisme est particulièrement actif en Europe. Un pays qui fait face au découragement doit se préparer plus que d'autres à ce terrible phénomène.

Je dis: «plus que d'autres», car aucun pays n'est à l'abri. J'en veux comme preuve le Québec. Classé comme le deuxième endroit dans le monde où on est le plus heureux, juste après le Danemark (L'Actualité, juillet 2016), il a pourtant généré deux terroristes qui ont perpétré leur crime l'un à Saint-Jean-sur-Richelieu, l'autre à Ottawa. Il n'empêche que la France serait plus en sécurité si elle instaurait des mesures sociales pour prévenir le terrorisme plutôt que des mesures d'urgence pour le combattre. Mais elle le serait infiniment plus si chaque citoyenne, chaque citoyen avaient un regard positif même sur les pires événements. S'ils faisaient leur l'optimisme du proverbe: «À quelque chose malheur est bon.»

Voici un exemple d'un regard positif sur les retombées du massacre de Nice. Dans son message à la Nation, quelques heures après l'attentat, le président de la République a reconnu que la France était blessée et qu'elle avait besoin d'aide. Quelle humilité! Ça m'a renversé. C'est un signe des temps: un progrès d'humanité. Jamais le général de Gaulle, qui a été président de la France de 1959 à 1969, n'aurait fait une pareille confession, lui qui terminait invariablement ses messages à la Nation en disant: «La France sera toujours la France», sous-entendant qu'elle est invincible.

François Hollande a terminé son message en disant: «La France est forte.» Oui, elle l'est et elle le sera encore davantage car, «en apprenant à connaître ses propres faiblesses et insuffisances et à les accepter [comme l'a fait le président Hollande], on accroît sa force. (Etty Hillesum) De son côté, Nietzsche écrivait: «Ce qui ne tue pas rend plus fort.» Le président de la République aurait donc pu terminer son message à la Nation en disant: «La France sera maintenant plus que la France.»

Gérard Marier

Victoriaville

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