Marasme dans le système de santé: y a-t-il une solution?

Malgré les 38,4 milliards $ accaparant 45 % du budget du Québec, les problèmes... (Photo Martin Chamberland, archives La Presse)

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Le Nouvelliste

Malgré les 38,4 milliards $ accaparant 45 % du budget du Québec, les problèmes en santé restent multiples et immenses. Évidemment, on ne peut tous les régler d'un coup. Mais il y en a un inquiétant, insidieux auquel il faut s'attaquer de toute urgence!

On compte 8769 médecins de famille au Québec. Les données de la RAMQ indiquent que les patients y effectuent 27,5 millions de visites annuellement (la charge moyenne d'un médecin est de 18 patients par jour). Or si l'on ajoute les visites à l'urgence, aux spécialistes, c'est peut-être un total de quelque 45 millions de visites par an.

Le Québec compte 20 % de plus de médecins de famille que l'Ontario et 15 % de plus de médecins spécialistes que sa voisine qui a réussi pourtant à combler près de 94 % des besoins de sa population. Où donc est le problème du Québec? Il ne réside ni dans les effectifs ni dans la productivité des médecins, mais dans les surdiagnostics.

Le surdiagnostic se définit par le simple fait de recevoir un diagnostic de maladie, alors que l'évolution de l'état du patient s'avérerait comme étant à faible risque de lui faire courir un quelconque danger, les symptômes décelés n'aboutissant pas à la maladie réelle. Le surdiagnostic est ainsi responsable en grande partie de l'engorgement du réseau et des coûts considérables du système. Il détourne surtout des ressources qui auraient pu être dirigées vers d'autres malades aux prises avec d'urgents problèmes et résoudrait sans doute l'attente des 420 000 Québécois orphelins de médecin de famille.

D'après la 2e Conférence internationale sur la prévention des «surdiagnostics», tenue à Londres en septembre dernier, le risque est réel de tester et traiter pour rien un patient. Examens superflus, dépistage hasardeux, car soumis à des tests de laboratoire ou à des appareils d'imagerie de plus en plus perfectionnés, ces appareils trouveront toujours des symptômes qui devraient normalement se résorber d'eux-mêmes permettant ainsi à l'organisme un retour à la normale. On traite alors des maladies qui en fait n'existent pas. Ce sont de faux positifs! Les chercheurs Moynihan, Doust, Henry ont compilé le nombre des surdiagnostics avérés inutiles: cancers de la thyroïde, de mélanome, du rein (10 %), du poumon (25 %), de la prostate (60 %!) du sein (30 %), asthme (30 %), diabète (20 %), cholestérol (80 % de traitements inutiles!), hypertension, troubles de l'attention et syndrome d'hyperactivité chez l'enfant (30 %). D'après une autre étude américaine, c'est une proportion de 30 % de surdiagnostics. Coûteux et inutiles.

«Au Québec, cela pourrait correspondre à cinq milliards de dollars dépensés chaque année pour des examens et traitements qui n'apportent rien», estime le Dr Laurent Marcoux, président de l'Association médicale du Québec (AMQ), qui regroupe 10 000 médecins.

De plus, le surdiagnostic est cause de trop de prescriptions. Car à chaque visite, le patient s'attend à avoir un ou des médicaments. Or, des tests récents ont démontré que la surmédicalisation provoque des effets secondaires qui à la longue entraînent des conséquences importantes sur le corps humain.

Si le surdiagnostic est si omniprésent, serait-il dû aux innombrables campagnes de sensibilisation aux diagnostics précoces? Aux nombreux tests de dépistage qui influencent la pratique médicale? Aux appareils plus sophistiqués et plus performants que jamais capables de déceler la moindre anomalie insignifiante? Nul doute que pour plusieurs, ils accroissent la phobie par rapport à la maladie et augmentent le sentiment d'insécurité du médecin quant à son diagnostic.

Vive les campagnes qui éduquent à la vigilance et à la prévention!

Roger Greiss

Secteur Grand-Mère

Shawinigan

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