Triste fin pour les comités d'éthique clinique locaux

Lettre à M. Martin Beaumont, président-directeur général du CIUSSS de la... (Archives La Presse)

Agrandir

Archives La Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Le Nouvelliste

Lettre à M. Martin Beaumont, président-directeur général du CIUSSS de la Mauricie-Centre-du-Québec.

Peut-être avez-vous appris, depuis votre nomination à la direction du CIUSSS MCQ, qu'existaient, au sein de CSSS maintenant fondus dans notre CIUSS, des comités d'éthique clinique (CEC) dynamiques. C'était le cas au CSSS Drummond. Après plus d'une décennie d'efforts de sensibilisation, d'animation, de formations diverses, le CEC de notre CSSS avait réussi, croyons nous, à faire apparaitre les germes d'une culture éthique. Bien sûr, ce n'était que le début d'un long processus, mais souvent, «le commencement est plus que la moitié du tout» (Aristote). Notre comité était composé d'une douzaine de personnes motivées et de plus en plus aguerries face au traitement des questions éthiques, issues de milieux diversifiés et toutes bénévoles.

Au fil des ans, il était parvenu à se faire connaître et à acquérir une crédibilité. Si bien que nous étions régulièrement sollicités pour apporter un éclairage éthique à diverses situations, et ainsi, aider les personnels ou les usagers à résoudre des dilemmes souvent déchirants. La qualité de notre travail a été soulignée régulièrement par le CA du CSSS Drummond de même que par les visiteurs d'Agrément Canada.

Or, voilà que la Direction du CIUSSS MCQ dédiée à l'éthique nous informe que les CEC locaux seront abolis et remplacés par un seul CEC centralisé qui couvrira l'immense territoire qu'occupe notre CIUSS. Nous pensons qu'il s'agit là d'une erreur majeure, qui traduit une méconnaissance et/ou une incompréhension de la nature même de l'éthique clinique.

L'éthique clinique valorise la personnalisation des soins, l'autonomie des usagers et leur implication dans le plan de soins. Elle se vit au quotidien, au chevet des patients et au sein des équipes soignantes. Elle exige une proximité relationnelle et favorise la consultation de toutes les personnes concernées par les effets d'une décision. Les questions qui sont soumises aux CEC requièrent souvent des réponses rapides, voire immédiates, et nécessitent une grande flexibilité opérationnelle, favorisée par une solide connaissance du milieu. Par ailleurs, les demandes d'avis aux CEC ne surgissent pas «comme un coup de tonnerre dans un ciel serein» (Bachelard). Elles supposent un long travail de sensibilisation, un fort sentiment d'appartenance au milieu, une faisabilité logistique et, bien sûr, la présence de CEC inspirant confiance. Voilà, en peu de mots, pourquoi les CEC locaux ou régionaux doivent être maintenus et développés.

Lors de nos nombreux contacts, toujours cordiaux, avec les membres de la direction du CIUSSS MCQ responsables de l'éthique, nous n'avons entendu aucun argument rigoureux et rationnel démontrant les avantages de la nouvelle structure proposée. On nous a seulement indiqué que la notion de «local» n'existait plus et que le CIUSSS ne compterait désormais qu'un seul CEC. Remarquez que nous avions déjà manifesté notre accord avec l'existence d'un CEC central, qui coordonne le réseautage des comités régionaux, harmonise - et non pas uniformise - leur fonctionnement, favorise l'échange d'expertise, etc. Toutefois, ce comité central ne parviendra, selon nous, à sensibiliser aux enjeux éthiques des pratiques en santé, qu'en étroite collaboration avec des CEC locaux ou régionaux bien enracinés. Notre position correspond d'ailleurs à celle de l'AQEC (Association québécoise en éthique clinique).

Vous comprendrez, monsieur, ma désolation de voir s'anéantir toutes ces années d'effort. C'est pourquoi je tiens à désapprouver publiquement ce qui m'apparaît comme un recul et un nivellement par le bas. Il me semble essentiel que les usagers, comme les décideurs, soient mis au fait de ce problème d'intérêt public, puisque l'éthique clinique est une composante nécessaire des meilleures pratiques en santé.

Votre gestion de l'éthique au sein du CIUSS m'oblige, à l'instar d'autres collègues, à quitter cette aventure collective qui nous anime depuis plus d'une décennie puisque notre CEC n'existe plus. Et mes convictions m'amènent, quant à elles, à décliner «votre» invitation à m'impliquer dans le nouveau modèle imposé. De toute façon, l'expertise en éthique clinique développée au CSSS Drummond me semble peu compatible avec ce modèle. Quelle perte! Quelle tristesse!

Je vous souhaite tout de même la meilleure des chances dans votre gestion de l'éthique clinique au sein du CIUSSS MCQ.

Michel Dostie

ex-président de l'ex-CEC de l'ex-CSSS Drummond

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer