Tout ça, c'est grâce aux référendums...

Le fleurdelisé était populaire durant les nombreuses activités... (Sylvain Mayer, Le Nouvelliste)

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Le fleurdelisé était populaire durant les nombreuses activités de la fête nationale.

Sylvain Mayer, Le Nouvelliste

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Le Nouvelliste

La Saint-Jean est terminée. Les Québécois ont agité leurs drapeaux afin de célébrer le statu quo constitutionnel et notre incapacité collective à se décider à «créer un pays» selon les valeurs démocratiques qui nous conviennent.

Mais si on prend la peine d'y réfléchir objectivement, c'est parfaitement compréhensible que plusieurs Québécois ne veulent pas «quitter le Canada».

Tout simplement parce qu'après tout - quand on s'compare, on s'console - disons-le en toute franchise, il fait relativement bon vivre au Canada! Alors pourquoi s'en plaindre?

En fait, il faudrait oser inverser la question: pourquoi fait-il si bon vivre au Canada? La réponse est très simple, c'est grâce aux référendums du Québec!

C'est la peur de la séparation et de la rupture qui a contraint le gouvernement fédéral à faire des concessions pour «plaire» aux Québécois et tout mettre en oeuvre pour les «convaincre» de rester dans la Fédération canadienne!

C'est une leçon brutale, que non seulement l'histoire du Québec contemporain, mais aussi l'histoire mondiale nous enseigne: il n'y a jamais de faveurs gratuites en politique. Ceux qui gouvernent acceptent de se remettre en question et de faire des concessions uniquement lorsqu'ils craignent de perdre le pouvoir.

Prenons l'histoire du Québec depuis les années 1950... Croyez-vous que les travailleurs auraient obtenu les droits qu'ils ont aujourd'hui en «demandant poliment» à leurs patrons de cesser de les exploiter et de les traiter comme des «peasoup»? Non.

Sans les grèves, parfois violentes, dont la grève de l'amiante de 1949, aucun des avantages sociaux que nous chérissons comme des droits acquis n'auraient été obtenus. En politique, c'est la même chose.

C'est parce que le Québec a pris conscience de sa «spécificité identitaire», et parce que le Canada en a eu peur que le gouvernement fédéral a été obligé de se remettre en question.

Dans les années 1960, à l'époque de la Révolution tranquille, le Québec était en ébullition, alors qu'un vaste chantier social et économique se mit en branle, accompagné d'une prise de conscience sur notre statut de «colonisé».

Il y eut un schisme au sein du Parti libéral, il y eut la laïcisation du système d'éducation, il y eut le RIN, puis le Parti québécois et le FLQ, et enfin, la Crise d'octobre 1970 qui se termina par la loi sur les mesures de guerre. Par la suite, le Parti québécois a pris le pouvoir en 1976, et rapidement, il y eut un premier référendum sur l'indépendance du Québec en 1980, puis un deuxième en 1995...

La tenue d'un troisième référendum est dans l'intérêt de tous les Québécois, de toutes les allégeances politiques, qu'ils soient à gauche, à droite ou au centre, qu'ils soient indépendantistes, fédéralistes ou nationalistes, et c'est même dans l'intérêt de tous les Canadiens. Parce que les référendums du Québec obligent le gouvernement fédéral à se questionner en profondeur et à s'interroger sur ses pratiques et ses institutions.

Le référendum est la plus belle expression du principe démocratique parce qu'il offre la possibilité d'imaginer «recommencer sur de nouvelles bases». Il offre la possibilité de se dire: «Si on créait, tous ensemble, un pays à partir d'aujourd'hui, à quoi ressemblerait-il?»

Sans ce questionnement fondamental, une démocratie devient sclérosée - comme un couple après quelques années - elle perd de sa vigueur et se confond dans les mensonges et les stratagèmes, elle engendre l'hypocrisie et le cynisme populaire et risque de sombrer dans le totalitarisme de l'image.

Seul un référendum nous fait véritablement prendre conscience de la fragilité et de la richesse de nos institutions démocratiques. Grâce aux référendums, nous obligeons ceux qui nous gouvernent à se remettre en question, à faire preuve de vigilance et d'ouverture, en toutes choses, afin de toujours être prêt à relever les défis d'un monde plus vaste, plus ouvert et en perpétuelle transformation.

Carl Déry

Trois-Rivières

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