Trois-Rivières, comme un «bar open»

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Le Nouvelliste

Pas besoin d'aller à Panama City consulter le cabinet Mossack Fonseca, ni au Liechtenstein ou aux îles Turks et Caicos pour vivre au paradis fiscal.

Juste rester à Trois-Rivières, la ville des Bienheureux. Le royaume du bar open mais pas pour tout le monde. Seuls les promoteurs les plus astucieux se voient offrir le buffet «All you can eat»...

J'ai toujours cru, probablement à tort selon certains, que c'était un devoir de citoyen de payer ses impôts et taxes. Et que c'était une obligation pour les gouvernements et municipalités de les percevoir.

J'ai saisi assez vite qu'il s'agissait d'un principe moral, fondement d'une société aussi juste et viable que possible. Autrement, on vivrait dans une jungle sans foi ni loi, une civilisation décadente comme on en voit dans des films du genre, où il n'y a ni hôpital, ni école, ni services policiers ou ambulanciers, ni eau, ni égouts...

Or, j'apprends par Le Nouvelliste que les nouveaux propriétaires du Delta, qui projettent de construire un centre de congrès dans un nouvel hôtel-annexe, vont bénéficier d'un congé de taxes durant 25 ans assorti d'une contribution de la Ville de 148 500 $ par mois, s'échelonnant sur vingt ans. Présentez-vous à la banque avec un tel document et le directeur va vous ouvrir son coffre-fort sans même consulter le bureau-chef.

Pendant ce temps-là, je suis sollicité année après année pour contribuer à l'achat d'espadrilles ou de patins pour de petits Trifluviens fréquentant certaines écoles établies en milieux moins favorisés. Et combien donne la Ville pour aider au développement de ces enfants? Je me le demande et la réponse ne vient pas...

Heureusement que certains gouvernements semblent vouloir traquer les évasions fiscales, qui sont illégales, et contrer l'évitement fiscal, une manoeuvre légale mais immorale; voilà maintenant un troisième concept échappatoire: le congé de taxes! Comment les municipalités peuvent-elles en arriver là et faire porter davantage de fardeau fiscal aux simples propriétaires de bungalows et locataires d'appartements! Comment les gouvernements supérieurs peuvent-ils permettre de tels arrangements asociaux et foncièrement pervers?

Tout Trifluvien va certes se réjouir de voir de nouveaux projets commerciaux, économiques ou industriels voir le jour à Trois-Rivières, en autant que ces entreprises soient crédibles et viennent assurer des emplois à long terme pour nos concitoyens qui veulent travailler et gagner honorablement leur vie. Et que ces mêmes entreprises dites «privées» assument les mêmes responsabilités que tout citoyen ordinaire, soit de payer les taxes foncières liées à la valeur de l'immeuble qu'il occupe.

Quel message cette notion de «congé de taxes» envoie-t-elle à la population? On voit déjà que les autres promoteurs se pointent à la caisse: ainsi, Jean-Claude Fortin (Place Belvédère) cultive son projet d'hôtel de luxe, lui aussi pourvu d'un centre de congrès, dans le port de Trois-Rivières. Il demande toutefois un soutien de plusieurs millions à être fournis par la Ville ainsi que, j'imagine, de jolies vacances de taxes à long terme. Qui pourrait l'en blâmer? Ce qui est bon pour Carl ou Guylaine est bon pour Jean-Claude aussi... Et les autres promoteurs doivent déjà faire la queue pour obtenir ces alléchants congés qui risquent d'ouvrir l'appétit de tout promoteur le moindrement affamé...

Pourtant, notre administration municipale faisait miroiter un Eldorado de revenus de taxation liés aux projets dont on nous abreuve régulièrement. Or, force est de constater aujourd'hui que les bottines ne suivent pas les babines: l'Amphithéâtre, le futur Colisée, le Delta 2, et autres projets mirobolants, tous sans exception finissent sur le bras du bienheureux contribuable trifluvien...

Bienvenue au bar open de Trois-Rivières, la richissime.

Guy Godin

Trois-Rivières

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