Se défendre

Isabelle Goupil-Sormany... (Sylvain Mayer, Le Nouvelliste)

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Isabelle Goupil-Sormany

Sylvain Mayer, Le Nouvelliste

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Le Nouvelliste

J'ai une maladie, petite, qui ne se voit pas. Depuis l'âge de 5 ans. D'aussi loin que je me souvienne. Deux fois par année, je devais subir des traitements. Chaque fois j'en avais peur. Mes parents n'ont été ni négligents ni malveillants. Mais ils me l'ont transmise bien malgré eux.

Cette maladie, c'est la carie dentaire. Une infection bactérienne qu'on traîne avec soi pour la vie. Un héritage bien involontaire de nos parents.

Ma fille, mon aînée, en souffre à son tour. Elle traîne sa brosse à dents à l'école. Ses amies la questionnent toujours et la mettent mal à l'aise lorsqu'elle doit aller se brosser les dents sur l'heure du dîner. La direction de l'école m'a mentionné ne pas avoir les infrastructures pour permettre à tous les enfants de l'école de se brosser les dents le midi.

Elle détonne donc seule et traîne son fardeau: à 10 ans, elle a plus de six caries en bouche. Et pourtant, je supervise ses brossages quotidiennement. Elle a des scellants en bouche. Nous contrôlons aussi les sucres à la maison.

Elle n'a pas peur du dentiste... pas encore. Mais ça commence, ça se sent, comme les larmes lors de sa première réparation dentaire.

Le fluor utilisé dans l'eau est un produit industriel. Il en faut de grandes quantités pour traiter l'eau. Son homologation, si j'ai osé en parler ainsi, répond à des standards industriels. Et c'est comme ça. Il y a de bons standards industriels, des moins bons. Ce sera à démontrer pour le fluor et c'est un mandat que j'ai confié à une professionnelle avant de partir. Je n'en ai pas peur de ce fluor industriel. Personnellement, j'ai bien plus peur du dentiste (même si mon dentiste est super gentil et qu'il me fait rire).

Les gens veulent choisir ce qu'ils boivent. Encore une fois, mes respects. Car au cours de mon mandat, j'ai toujours eu du respect pour les opposants à la fluoration. Je trouvais leurs craintes fondées bien que je ne les partageais pas. J'avais envie d'y répondre. J'ai commandé une étude sur l'efficacité réelle à Trois-Rivières de la fluoration et un sondage pour comprendre les perceptions de cette population en matière de santé buccodentaire.

Cependant, les opposants à la fluoration sont déterminés. Ils n'ont pas le poids de l'institution de santé publique avec eux. Alors tous les coups sont permis: qualificatifs désobligeants, citations mal contextualisées de mes propos, caricatures.

Malgré ma volonté d'engager avec eux un dialogue, de répondre à leurs préoccupations. Rien n'y faisait. Par exemple, 100 études en faveur de la fluoration ne compensaient jamais l'étude biaisée produite par un éditeur, militant antifluoration de longue date, qui a profité de sa position pour faire valoir son point de vue.

Chaque fois que j'ai tenté un dialogue, je devais faire preuve de ma bonne volonté, écouter leurs doléances.

Autre exemple: ils ont voulu que je finance un avis légal contre mes propres recommandations. En passant, ces recommandations suivent les guides de bonne pratique et les avis émis par des dizaines d'organisations sanitaires dans le monde. Je pratiquais une bonne médecine.

La fluoration est une solution universelle accessible et utile à laquelle je crois sincèrement. Je ne suis plus en position pour la défendre, mais j'y crois toujours.

Isabelle Goupil-Sormany, MD

FRCPC

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