Nous persistons et nous signons...

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Selon madame Michelle Courchesne qui a été ministre de l'aide sociale, «moins de 10 % des prestataires considérés aptes au travail ont le potentiel d'intégrer le marché du travail sans un accompagnement important».

La Presse

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Le Nouvelliste

En réaction à la lettre de Michel Bourgeois intitulée «Encourager la paresse», publiée dans notre édition du 20 mai dernier.

Comme tous les citoyens et les citoyennes du Québec, les prestataires de l'aide sociale ont des droits et des responsabilités. Ils ne sont pas des citoyens de seconde zone. Ils ont le droit comme tout le monde d'être défendus et de voir leurs droits respectés.

La loi de l'aide sociale qui existe actuellement a conçu des programmes différents, selon que la personne est considérée apte ou inapte à travailler. Mais cette distinction est également une source de malentendus entre l'idée que s'en fait la population et la définition qu'en a donné l'aide sociale.

Dans la loi de l'aide sociale, vous êtes automatiquement considéré apte au travail, si vous êtes incapable de prouver que vous êtes très gravement malade ou handicapé et c'est vous qui devez apporter la preuve de votre inaptitude.

À défaut de pouvoir le faire, vous êtes automatiquement considéré apte au travail... même si dans les faits vous pouvez être véritablement malade...

Nous retrouvons donc, dans cette catégorie des personnes considérées aptes au travail, toutes sortes de situations: des gens malades mais qui ont présenté un certificat ou un rapport médical dûment complété par leur médecin mais rejeté sans motif par l'aide sociale, d'autres qui ont des problèmes de santé mentale mais qui n'en ont pas conscience ou qui ne veulent pas être stigmatisées, des personnes qui proviennent de milieux très défavorisés et qui n'entreront jamais dans les normes du marché du travail, des toxicomanes, des personnes qui ont de vrais problèmes de dysfonctionnement, d'autres qui ont tellement d'obstacles à leur réinsertion qu'il faudrait des années de mesures de soutien pour réussir à les intégrer, ainsi que ceux qui travaillent mais qui ont des revenus de travail insuffisants, etc.

Et bien sûr, vous avez également un certain pourcentage de ces personnes considérées aptes qui pourraient effectivement travailler, qui auraient l'opportunité de le faire et qui refusent de le faire.

Les personnes qui ne connaissent pas la réalité de l'aide sociale et qui ont beaucoup de préjugés aiment à croire que la majorité des personnes aptes à l'aide sociale sont de cette dernière catégorie.

Selon madame Michelle Courchesne qui a été ministre de l'aide sociale, «moins de 10 % des prestataires considérés aptes au travail ont le potentiel d'intégrer le marché du travail sans un accompagnement important». Et cet accompagnement demande des ressources humaines et financières importantes.

C'est principalement à cause de cette diversité de situations que vivent les personnes considérées aptes au travail que provient notre malaise concernant le projet de loi 70 qui compte obliger les personnes qui arrivent à l'aide sociale à s'inscrire à des mesures d'employabilité sous peine de voir diminuer l'aide reçue de moitié, ce qui pourrait les conduire au dénuement et à la rue.

Nous ne sommes pas les seuls à penser ainsi. Tous les organismes qui connaissent la réalité de l'aide sociale portent cette crainte: le Barreau du Québec, la Protectrice du citoyen, l'Ordre des travailleuses et des travailleurs sociaux, les organismes en développement de l'employabilité, les quatre grandes centrales syndicales: FTQ, CSN, CSQ, FIQ (infirmiers-infirmières) et même le syndicat représentant les agents d'aide sociale et des centres locaux d'emploi (SPGQ) considèrent que ce projet de loi est une porte ouverte aux abus et à l'arbitraire.

Loin d'encourager la paresse, nous croyons que le travail est un puissant facteur d'intégration sociale, d'aide au développement de son autonomie et de ses capacités, si les conditions de travail sont décentes et permettent de sortir de la pauvreté. C'est pourquoi nous appuyons la campagne pour la hausse du salaire minimum à 15 $.

Nous croyons que ce n'est pas en court-circuitant le processus d'intégration au travail, en ouvrant la porte aux abus et à l'arbitraire et en exerçant de la violence économique que cela créera automatiquement de l'emploi et facilitera l'intégration au marché du travail.

C'est pourquoi nous persistons à dire: 623 $ par mois, ça ne se coupe pas! Et nous signons.

Johanne Larouche,

Comité pour la Défense des Droits Sociaux La Tuque

Marie-Josée Lapointe,

Droit Devant-Érable

Lisette Dionne,

Groupement pour la défense des droits sociaux de Trois-Rivières

Pierre Blanchet,

Mouvement d'Action Solidaire des Sans-Emploi des Chenaux

Linda Proulx,

Regroupement des droits sociaux de Nicolet

Josée Despins,

Regroupement des droits sociaux de Shawinigan

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