Neuf cure-dents...

La conseillère Andrée Perron.... (Sylvain Mayer)

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La conseillère Andrée Perron.

Sylvain Mayer

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Le Nouvelliste

Neuf brindilles dont personne ne voulait. Des restes. Vous savez ces arbustes de quelques centimètres que la Municipalité offre à chaque printemps.

Il ne faut pas blâmer cette brave conseillère de ne pas avoir réussi à les écouler dans leur entièreté. En zone rurale et forestière, ils n'intéressent que les enfants.

D'ailleurs, à la fin de l'été, ils n'existent plus. Desséchés, ils retournent à la terre faute de soins. Elle n'a que faire de ces neuf brindilles restantes car son conjoint, prospère éleveur spécialisé et producteur agricole, possède des acres et des acres de terrain et des milliers d'arbres.

Hélas, ces quelques brindilles nous coûtent cher car ils nous mènent parfois en cour, devant un juge, aux frais des citoyens inévitablement.

Ainsi, à la fin de la journée, cette brave conseillère ne sachant quoi faire de ces neuf petits derniers, les plus désavantagés par la nature, doit se résoudre à les apporter à la maison dans le but de continuer à les offrir gratuitement à quiconque les voudrait.

Trop simple! Un an plus tard, oui douze mois après, lors d'une réunion du conseil, elle fut publiquement accusée de vol. Valeur du larcin: 0,00 $, mais vol quand même.

Haro sur elle, qu'on la pourfende, qu'on la lapide, qu'on la voue aux gémonies. Que la population l'accable jusqu'à l'ostracisme. Ainsi en a décidé le Grand Magistrat et toute sa cour. Pas assez, on en remet.

Quelle honte, voler ces concitoyens qui l'avaient élue. On publie sur trois pages dans le mensuel local toute l'horreur de ce crime.

Que pouvait donc faire cette honnête dame devant une telle injustice; elle décide donc de porter plainte pour atteinte à sa réputation. Il aurait été idiot de répliquer sur le même ton en pleine assemblée. On se retrouve donc en cour aux frais des contribuables. Pas grave, une oligarchie se doit d'être protégée.

Y aurait-il un lien entre le fait que cette conseillère soit la seule à poser des questions au Grand Magistrat lors des réunions du Grand Conseil? Y aurait-il un lien entre le fait qu'elle est la seule parmi les élus à oser lever les yeux de sa tablette lors des réunions? Ou alors la cécité deviendrait-elle la conséquence d'une élection unipolaire?

Mon cher Emmanuel*, cher philosophe de ma jeunesse, du fond de cette petite municipalité, je pense souvent à toi et à ta triste conclusion: «le pouvoir...».

J'ai honte! Cramoisi de gêne et d'inconfort à la pensée du jour de l'audience quand, à l'identification des parties, on devra nommer cette municipalité. Car j'y habite et j'y paie de fortes taxes.

Serge Boulerice

Saint-Prosper-de-Champlain

*Kant, Emmanuel (1724-1804) philosophe allemand

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