La mort du projet de loi 59

La ministre de la Justice, Stéphanie Vallée.... (La Presse Canadienne)

Agrandir

La ministre de la Justice, Stéphanie Vallée.

La Presse Canadienne

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Le Nouvelliste

Lettre adressée à Stéphanie Vallée, ministre de la Justice, Agnès Maltais, députée péquiste de Taschereau, et Nathalie Roy, députée caquiste de Montarville.

Mesdames,

J'ai suivi avec beaucoup d'intérêt le travail politique que, toutes trois, avez mené dans le cadre du Projet de loi n° 59: Loi édictant la loi concernant la prévention et la lutte contre les discours haineux et les discours incitant à la violence et apportant diverses modifications législatives pour renforcer la protection des personnes.

Je tiens à souligner la grande sagesse de la ministre Vallée qui, de son projet, a retiré les dispositions sur les discours haineux. Comme professeur d'université, je travaille depuis plus d'un quart de siècle à l'inclusion et à la participation sociale de tous et cela, dans un contexte d'accueil à la différence.

Je connais bien la sensibilité des Québécoises et des Québécois face à la dimension religieuse et je salue les grandes évolutions et émancipations du peuple québécois qui a reconnu et connu la «Révolution tranquille».

D'ailleurs, comme il est souvent dit, il n'y a qu'au Québec que l'on peut mettre dans la même phrase les mots «révolution» et «tranquille».

Mes recherches, réflexions et expériences personnelles m'ont permis d'arriver à la conclusion qu'il est nécessaire de conserver et de développer la sphère publique pour qu'elle devienne un environnement ouvert et fertile à l'acceptation de la différence tout en invitant tous les citoyens à adopter des valeurs occidentales d'acceptation altruiste qui encourage la mise en place du véritable principe de laïcité qui conduit à l'égalité homme-femme et, plus encore, à l'«égalité femme-femme».

J'ai eu l'occasion sur de multiples tribunes de dénoncer les méfaits des religions qui vont jusqu'à l'extrémisme et la radicalisation. Deux termes fortement subjectifs, mal définis et dont l'interprétation pourrait et ont pu conduire à des dérives.

Je suis d'accord avec le respect du «droit de croyance ou de non-croyance» pour chaque individu et je me battrai éternellement pour faire reconnaître ce droit.

En effet, dans leur vie personnelle, les individus peuvent croire à leurs amis invisibles et ne pas en être inquiétés par la république.

Cependant, je crois encore plus au droit d'expression qui fait en sorte qu'une personne peut commenter, contester, ridiculiser ou dénoncer sa religion et celle des autres.

C'est un droit sacré de dénoncer les religions pour les personnes qui le veulent. Le Québec a fait ce choix il y a fort longtemps, entre autres, en sortant en grande partie le religieux du monde scolaire par la création d'écoles et commissions scolaires linguistiques.

Il y a encore quelques pas à faire en remodelant le cours Éthique et Culture religieuse, en optant, comme dans d'autres provinces canadiennes, pour la disparition du volet religieux et en modernisant les aspects éthique et culture.

Je suis convaincu que plus la religion sera du domaine privé et plus elle sera exempte sur la place publique et à l'école, plus les gens pourront vivre d'amour, d'entraide et de compassion dans une paix relative loin de la radicalisation. Je crois que le Québec est ouvert à la différence et je crois de plus en plus nécessaire à une reconnaissance d'une civilité laïque pour convenir et établir un meilleur vivre-ensemble.

Je continue de croire que la science apportera encore et encore un éclairage sur les méfaits des dogmes religieux et, selon toute vraisemblance, j'ose espérer que le fait d'établir des balises sérieuses contre les mariages forcés est un premier pas en ce sens.

Je vous félicite d'avoir maintenu cet aspect dans votre projet de loi.

Je ne peux que vous encourager mesdames à mettre vos efforts en commun pour faire avancer les droits des femmes au Québec et dans le monde et, selon moi, cela passe nécessairement par l'affranchissement des personnes à l'égard des religions.

Je vous invite à vous entourer de femmes telles que Fatima Houda-Pépin et Djemila Benhabib. Elles sauront comment vous soutenir dans votre lutte pour le droit des femmes.

Ghyslain Parent

Professeur titulaire

Département des sciences de l'Éducation

UQTR

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer