La SAQ ne doit pas rechercher «le plus bas prix possible»

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Il y a une société d'État dans le domaine de l'alcool parce que l'alcool n'est pas un produit comme un autre, banal et sans conséquences

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Le Nouvelliste

L'auteur, Hubert Sacy, est directeur général d'Éduc'alcool.

Le débat autour de l'adoption de la loi 88, du rapport de la Vérificatrice générale et celui, qui s'en est suivi, sur une éventuelle privatisation de la SAQ a illustré de manière probante la méconnaissance généralisée des intervenants québécois du fond de l'enjeu fondamental qui est en cause.

Derrière les fixations des uns sur la privatisation de la SAQ, les obsessions des autres sur les baisses de prix et la crainte des troisièmes de voir les revenus de l'État diminuer, on en est venu à perdre totalement de vue - si tant est qu'on l'ait jamais su - la raison d'être d'une société d'État dans le domaine de l'alcool.

Il n'y a pas de société d'État pour vendre les vêtements, ni les automobiles, ni les autres biens «de consommation courante». Il y a une société d'État dans le domaine de l'alcool parce que l'alcool n'est pas un produit comme un autre, banal et sans conséquences. L'alcool est un psychotrope dont la consommation modérée est certes plaisante et agréable, mais dont la consommation excessive entraîne des conséquences dramatiques pour les buveurs et leur entourage et des coûts énormes sur le système de santé.

Lorsque l'on entend le gouvernement énoncer que son grand dilemme est de concilier la nécessité pour la SAQ d'offrir aux consommateurs l'alcool au plus bas prix possible tout en préservant le niveau de dividendes qu'elle verse à l'État, comme si ce n'était là qu'une question d'argent, et qu'il ne manifeste pas le moindre intérêt ni la moindre attention à la prévention et à la santé publique, tant dans ses paroles que dans ces actes, on ne peut qu'être perplexe et inquiet devant une telle insensibilité.

Car le mandat de la SAQ n'est pas de «fournir aux Québécois de l'alcool au plus bas prix possible». Si c'était le cas, nous n'aurions pas besoin d'une société d'État. Le secteur privé pourrait s'en charger, quoique l'exemple de l'Alberta démontre que sa soif de profits est de loin plus forte que ce que l'on appelle faussement la «saine concurrence». En effet, les Albertains payent leur alcool plus cher que chez nous et les problèmes liés à la consommation ont augmenté de manière exponentielle dans cette province.

Non, le mandat de la SAQ n'est pas de faire baisser au maximum le prix de l'alcool et pas non plus de n'être qu'une vache à lait du gouvernement. Certes, il est essentiel de se rappeler que les 1,3 milliards $ de profits de la SAQ sont versés à l'État, et donc aux services publics, plutôt qu'à des actionnaires privés. Mais le mandat de la SAQ ne s'y limite pas.

Son mandat c'est de rechercher et de trouver l'équilibre entre la satisfaction des consommateurs, les dividendes à verser à l'État et l'établissement de prix qui ne soient pas trop bas pour éviter les problèmes de consommation excessive, d'intoxication et de dépendance. Et donc assurément pas «le plus bas prix possible».

Il a été de fait très clairement démontré dans toute la littérature scientifique que des prix d'alcool plus réglementés aident à réduire la consommation et les méfaits connexes, tandis que des prix d'alcool réduits contribuent à les augmenter.

«Le prix de l'alcool le plus bas possible», c'est l'équivalent des problèmes d'alcool les plus hauts possibles. C'est de cette équation que la SAQ a d'abord et avant tout le mandat de nous protéger et qu'elle doit exercer de la manière la plus judicieuse et équilibrée possible.

Il est plus que temps de remettre la prévention et la santé publique au coeur du débat sur les questions d'alcool.

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