Lettre ouverte aux «faux historiens»

Dieudonné... (PHOTO LOIC VENANCE, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE)

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Dieudonné

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Le Nouvelliste

En réponse à la lettre de Richard Boulé intitulée «Lettre ouverte d'un historien à l'humoriste Dieudonné», publiée dans notre édition du 25 mai. 

Puisque, le premier, vous vous êtes adressé à lui en osant vous draper du titre «d'historien» pour donner des leçons de morale ainsi que des reproches qui frôlent le racisme primitif, c'est justement à titre «d'historien» que j'ai été interpellé par votre commentaire. 

J'ignore à quel endroit vous avez appris le métier «d'historien», mais sachez cher Monsieur, que nul historien qui se respecte n'oserait signer un texte comme le vôtre, qui ne fait preuve d'aucun esprit critique, rempli de clichés, de sophismes et de jugements de valeurs déguisés.

D'abord, l'épreuve des faits, parce que c'est ainsi que le travail d'historien débute. Le «polémiste» Dieudonné a été condamné par la justice française à plusieurs reprises pour des propos jugés antisémites et récemment, les douaniers canadiens lui ont refusé l'entrée au pays. 

Ensuite, l'interprétation des faits, parce que c'est ainsi que le travail d'historien prend corps.

Critiquant l'homme, parce qu'il a (selon votre texte) osé dire «que des juifs auraient fait ceci ou cela de mal», vous avez le culot de prétendre «que les historiens accrédités montrent qu'ils [les juifs] ont toujours été les victimes». Puis, vous poursuivez avec une généralisation spectaculaire, affirmant que pour «la plupart des pays [...] le sionisme et le peuple juif sont deux piliers importants de la paix, de la démocratie et de la justice». 

Le premier devoir de l'historien qui se respecte est de ne jamais sombrer dans la généralisation. Le deuxième devoir de l'historien est de faire preuve d'esprit critique et de réserve, en toutes circonstances, dans l'interprétation des événements du passé, et à plus forte raison, ceux du présent. 

Les horreurs commises par les Nazis contre le peuple juif sont très bien documentées, mais ces crimes contre l'humanité ne justifient pas que nous fassions preuve d'aveuglement perpétuel face à l'un des plus graves problèmes de la géopolitique internationale d'après-guerre. Depuis la création de l'État d'Israël en 1948, ce pays a été régulièrement en guerre avec ses voisins, parfois pour se défendre, mais aussi parfois pour attaquer, de manière «préventive» ou pour accroître son territoire. Depuis 1967, on compte de nombreuses résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies qui demandent à tous les acteurs impliqués de cesser les hostilités, critiquant même à plusieurs reprises l'État d'Israël pour des pratiques qui bafouent le droit international et pour des crimes commis contre les populations civiles.

À de nombreuses occasions, la vaste majorité des pays de cette planète dans laquelle nous vivons ont appuyé ces résolutions de l'ONU qui condamnent les agissements belliqueux d'Israël.

L'historien n'est pas un juge, ni un policier de la morale, et encore moins un douanier qui aurait le pouvoir de brimer la liberté de mouvement des individus. 

La situation géopolitique du Proche-Orient est beaucoup plus complexe que ce que vos jugements moraux ne laissent croire et les historiens sont loin d'avoir une idée aussi catégorique que ce que vous laissez entendre sur le sujet.

Que vous soyez choqué par les propos de Dieudonné, libre à vous de le critiquer ouvertement et de le dénoncer sur la place publique, mais de grâce, gardez-vous de diffamer la profession des historiens en faisant croire aux lecteurs de ce journal que vous êtes un expert en la matière. Parlez en votre nom personnel et laissez aux historiens le soin de se rabaisser eux-mêmes sur la place publique, et de faire en sorte que leur voix ne soit plus prise au sérieux.

Par devoir de mémoire, nous n'oublierons jamais l'holocauste qui a coûté la vie à près de six millions de Juifs, et par humanisme, nous devons être inquiet des tensions perpétuelles qui déchirent le Proche-Orient. 

Par devoir de mémoire à l'égard de mes professeurs d'histoire, et par responsabilité à l'égard de mes étudiants, je devais répondre à votre lettre qui est une insulte flagrante et un manque de respect à l'égard d'un des plus beaux métiers du monde, celui «de la connaissance historique». 

Carl Déry 

Trois-Rivières

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