Énergie Est: et si on regardait la forêt?

La définition du mandat confié au Bureau d'audiences... (Photo Archives Le Soleil)

Agrandir

La définition du mandat confié au Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) constitue un bel exemple de l'attitude ambiguë du gouvernement du Québec dans le dossier du pipeline Énergie Est.

Photo Archives Le Soleil

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Le Nouvelliste

La construction du pipeline Énergie Est suscite énormément de controverse ces jours-ci. On redoute ses conséquences sur les terres agricoles, sur certains milieux humides et sur l'approvisionnement en eau potable de certaines villes (comme Trois-Rivières dont la prise d'eau potable est à quelques kilomètres en aval du pipeline projeté). On parle également de l'absence de retombées économiques à moyen et long terme pour le Québec.

La définition du mandat confié au Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) constitue un bel exemple de l'attitude ambiguë du gouvernement du Québec à ce sujet. En effet, le BAPE doit limiter son étude au projet de tuyau lui-même, excluant toute autre considération. Actuellement, en matière environnementale, on privilégie l'approche du cycle de vie: on dit d'un projet qu'il doit être examiné «du berceau à la tombe». En conséquence, il faudrait considérer non seulement le tuyau, mais aussi la ressource qui y transitera, c'est-à-dire le pétrole des sables bitumineux (80 % du débit) et celui que le Dakota du Nord extrait par fracturation hydraulique (20 % du débit).

La construction du pipeline constitue une étape dans le développement de l'exploitation des sables bitumineux. On nous dit que la disponibilité de cette voie d'évacuation permettra d'augmenter de 50 % la production de ce pétrole que plusieurs qualifient de «sale», ce qui revient à dire que le pipeline permettra de rendre encore plus catastrophique une exploitation qui constitue déjà l'une des pires au monde à cet égard. Rappelons quelques faits importants concernant cette exploitation:

• Défrichage de milliers de kilomètres carrés de forêt boréale dont on ne sait s'ils pourront être restaurés;

• Combustion massive de gaz naturel lors de l'extraction du bitume, ce qui génère des émissions également massives de gaz à effet de serre (GES);

• Consommation massive d'eau tirée de la rivière Athabaska: pour chaque mètre cube de pétrole produit, jusqu'à cinq mètres cubes d'eau sont nécessaires; plusieurs experts considèrent d'ailleurs que l'avenir même de cette rivière est compromis;

• L'eau utilisée par l'industrie ressort du procédé contaminée par des centaines d'ingrédients toxiques; comme on ne sait pas comment la dépolluer, elle est confinée dans d'immenses bassins de décantation dont l'étanchéité est remise en question par plusieurs;

• Dans ses bonnes périodes, l'industrie pétrolière tire le dollar canadien vers des sommets historiques, déséquilibrant l'économie canadienne au détriment de la base industrielle du Canada central: c'est ce qu'on appelle le syndrome hollandais;

• Pour les communautés avoisinantes, le coût humain s'avère extrêmement lourd: les taux de cancers et d'autres maladies graves (certaines incurables) ont augmenté chez les communautés des Premières Nations de Fort Chipweyan, qui vivent en amont de ces mines;

• Plusieurs mammifères du secteur sont contaminés par des métaux lourds comme l'arsenic et le mercure;

Selon les plans, 20 % du pétrole qui circulera dans le pipeline proviendra du Dakota du Nord, qui produit du pétrole de schiste. Rappelons quelques problèmes associés à cette exploitation: 

• Émission de nombreuses substances chimiques nocives, notamment des dérivés du benzène (cancérogènes confirmés) et du méthane (gaz dont le potentiel de réchauffement global est 25 fois supérieur à celui du CO2);

• Contamination des eaux souterraines puis des eaux de surface;

• Récemment, on a associé de nombreux séismes aux activités de fracturation hydraulique;

Il suffit de se documenter un peu pour constater que, nonobstant les aspects inacceptables de la construction et de l'exploitation du pipeline lui-même, l'examen de ses implications sur l'exploitation du pétrole sale le rend encore plus odieux. Si l'examen de l'arbre est éclairant, la vision de la forêt est encore plus convaincante.

Comment nos premiers ministres peuvent-ils se présenter sur les tribunes internationales en chevaliers de l'environnement tout en envisageant de soutenir le développement des pétroles tirés des sables bitumineux et des formations géologiques comme le schiste? Comment nos élus municipaux peuvent-ils se dire «ni pour ni contre» ou, pire, en faveur de ce projet?

On insinue que l'acceptation du projet constituerait une expression de solidarité avec les provinces productrices; la vraie solidarité consiste plutôt à nous associer à la protection du climat et des victimes des pétroles sales.

René Hould

Trois-Rivières

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer