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Bernie Sanders, politicien indépendant, est une figure singulière du paysage politique américain.

Associated Press

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Le Nouvelliste

Les primaires américaines, qui tirent à leur fin, nous offrent l'occasion de tirer quelques leçons sur notre propre approche face à la démocratie. Examinons ici le phénomène Bernie Sanders.

Si plusieurs s'entendent pour qualifier sa fin de campagne à l'investiture démocrate, d'acharnement, lui qui refuse de jeter l'éponge malgré la défaite annoncée, nous nous permettrons ici de parler de saine résilience. Voyons un peu.

D'abord le personnage. Ce politicien indépendant est une figure singulière du paysage politique américain; on pourrait le qualifier, pour schématiser, de défenseur de la veuve et de l'orphelin.

Pourfendeur infatigable de Wall Street - entendre la haute finance -, porte-voix des minorités, des travailleuses et travailleurs, des syndicats et autres mouvements sociaux, devant le congrès et au sénat, il fait tache d'huile dans un monde où les lobbys et la grande entreprise dictent le jeu.

Cavalier résolument solitaire dans une course électorale où l'argent fait foi de tout, personne ne donnait cher de sa peau au lancement de sa campagne. Pour avoir toujours été la cible des attaques du sénateur, les possédants et les nantis ne se bousculent effectivement pas aux officines de Sanders pour financer sa quête présidentielle. Face au camp Clinton, qui lui, récolte la faveur des grands argentiers, le sénateur du Vermont était condamné avant le coup d'envoi.

Nous assistons donc en ce moment à l'inéluctable, la défaite du David devant Goliath. Or s'il y a défaite, elle ne saurait être qualifiée de débâcle, loin de là! Le sénateur a engrangé nombre de victoires. Il parle au peuple et le message porte.

Loin de tempérer sa verve par calcul stratégique, le candidat continue d'appeler à une révolution politique, et de dire tout haut ce dont plusieurs rêvent en silence.

Que les inégalités abyssales, dans un monde qui se veut moderne et prospère, n'ont plus leur place; que les politiques ne devraient plus être au service du 1 %, mais de la multitude; qu'être à la fois pauvre et salarié constitue un non-sens; que ce ne sont pas les banques et la haute finance qui devraient bénéficier de l'aide de l'État, mais les laissés-pour-compte et les victimes d'un système qui engendre les injustices; qu'une nation prospère se doit d'étendre la couverture des soins de santé et l'accès à l'éducation à l'ensemble de sa population; que les exemples de telles mesures à l'échelle mondiale sont nombreux, et que seuls les plus riches, qui ont beaucoup à perdre de voir le peuple s'émanciper, veulent nous faire croire qu'il s'agit là d'utopies.

Or voilà qu'avec la course qui tire à sa fin et la victoire maintenant acquise au clan adverse, on voudrait bien voir le candidat Sanders déclarer forfait. Ce que le principal intéressé refuse de faire. Et, surprise, les gens continuent de voter pour lui. Massivement. Comment qualifier le phénomène?

On continue de soutenir - et de se déplacer en grand nombre pour entendre - le candidat Sanders, malgré sa défaite promise! Pourquoi un tel «gaspillage» de votes dans une cause perdue? Parce que voter est d'abord et avant tout une façon de faire entendre sa voix.

Bien que les médias fassent leur pain et leur beurre d'une couverture électorale à l'image d'une série éliminatoire de hockey, nous devrions tous et toutes garder en tête que c'est un débat d'idées, et plus largement un projet de société qui tente de s'articuler, que véhicule l'appel aux urnes. L'exercice électoral n'est pas une joute à gagner, mais l'expression rationnelle des voeux du peuple.

C'est dans cet ordre d'idée que s'inscrit la démarche du sénateur du Vermont. Sa résilience offre au peuple américain l'opportunité de s'ériger en faux contre l'idée reçue que ceux qui possèdent devraient aussi être ceux qui dirigent; il n'appartient qu'à lui de s'approprier le pouvoir, pour peu qu'il ait foi en lui-même et en ses capacités à s'autogouverner! Le cri du coeur des partisans de Sanders fera écho dans l'histoire. Rien n'est jamais vain.

Inspirons-nous à notre tour de l'improbable et courageux parcours du sénateur Sanders lors de notre prochain rendez-vous électoral. Assez du vote stratégique! Assez de l'alternance des partis à la solde des lobbys! Assez de croire que la haute finance est garante du bien commun! Osons nous faire entendre! Osons aspirer à mieux! Osons croire en nous-mêmes! Osons, nous aussi!

Sébastien Houle

Saint-Élie-de-Caxton

Membre de Québec solidaire

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