Enfantillages ou l'exercice d'un rapport de force?

Les esprits se sont échauffés à la Chambre... (Archives Le Nouvelliste)

Agrandir

Les esprits se sont échauffés à la Chambre des communes, quand le premier ministre Justin Trudeau a heurté une députée du NPD, Ruth Ellen Brosseau, alors qu'il tentait d'accélérer la tenue d'un vote à la Chambre des communes.

Archives Le Nouvelliste

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Le Nouvelliste

L'auteur, Robert Aubin, est député de Trois-Rivières à la Chambre des communes, porte-parole en matière de Développement international et de Francophonie, et président du caucus québécois du NPD.

Les événements de la semaine dernière à la Chambre des communes auront fait couler beaucoup d'encre.

Twitter, Facebook et les autres médias sociaux ont débordé de commentaires faits à chaud et qui faisaient passer tantôt le gouvernement tantôt l'opposition de héros à zéro.

Cependant, pour qu'une opinion se transforme en une analyse de la situation, il nous faut remonter dans le temps et envisager l'ensemble des éléments ayant conduit aux incidents largement diffusés, car l'incartade du premier ministre n'était que la pointe de l'iceberg.

Alors, sommes-nous en face d'enfantillages de politiciens ou face à l'établissement d'un rapport de force entre le gouvernement et l'opposi-tion?

Le 19 octobre dernier, avec 39 % du vote, la population a élu un gouvernement libéral majoritaire. C'est donc dire que 61 % des électeurs se reconnaissent à travers la voix d'un parti d'opposition et souhaitent être entendus.

Cependant, du haut de sa majorité et depuis plusieurs semaines, le gouvernement libéral multiplie les procédures parlementaires de façon à réduire considérablement le droit de parole et la participation de l'ensemble des députés, et ce, aux projets de loi aussi fondamentaux que le sont l'aide médicale à mourir et la réforme électorale, par exemple.

Le point culminant fut certainement l'annonce de la motion 6 qui allait donner le contrôle total de la Chambre au cabinet, du jamais-vu dans l'histoire du parlementarisme canadien.

Devant une telle arrogance, les partis d'opposition ne pouvaient pas rester les bras croisés et ils devaient à leur tour utiliser les règles procédurales mises à leur disposition pour rétablir un rapport de force et pour tenter de faire entendre raison au gouvernement.

Essayer de forcer ou de retarder un vote, par exemple, constitue un des outils parlementaires permettant aux parlementaires de mettre la lumière sur un problème fondamental.

Utilisés à répétition par l'opposition, ils deviendraient totalement inefficaces, mais même employés avec parcimonie, c'en était trop pour la majorité libérale.

Il faut aussi savoir que le décorum et la bonne marche des travaux sont sous la responsabilité du président de la Chambre et que ce dernier n'a nul besoin que le premier ministre se transforme en justicier pour l'aider dans ses fonctions.

Le comportement du premier ministre était donc totalement inapproprié comme il l'a lui-même reconnu lors de ses excuses que nous acceptons.

Par ailleurs, le retrait de la motion 6 fait office de réparation.

Si le climat s'est adouci quelque peu depuis, la joute politique a repris rapidement lorsque, par trois fois, le gouvernement a refusé son consentement à une motion qui unissait tous les partis d'opposition pour que nous allongions la période des débats sur C-14 (projet de loi sur l'aide médicale à mourir) sans reporter la date prévue pour le vote.

On rêve tous de bons sentiments et de collégialité, mais reconnaissons que, la plupart du temps, la joute politique repose davantage sur l'établissement de rapports de force où les différents courants de pensée de la société tentent de se frayer un chemin jusqu'aux instances.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer