Saint-Tite: à la croisée des chemins

Audrey Ann Gagnon...

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Audrey Ann Gagnon

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Le Nouvelliste

L'histoire que vous allez lire est malheureusement basée sur des faits réels. Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé est toutefois purement fortuite. Ce récit provient d'une planète éloignée de la terre, mais similaire à cette dernière par sa façon de vivre et de se comporter en société.

L'histoire se déroule sur le territoire d'une ancienne bourgade située au centre de la région de la Mauricie en la province de Québec, que les premiers colons français ont nommé à leur arrivée «Kapibouska». Les décisions concernant les services publics que cette tribu d'hommes blancs voulait s'offrir étaient prises à la majorité, lors d'une assemblée générale à laquelle participaient tous les membres.

Au cours des ans, la population de cette bourgade augmenta considérablement. Les besoins en services de toute nature aussi, de sorte qu'il devenait difficile d'organiser des réunions avec l'ensemble de la tribu pour prendre des décisions. Il fallait instaurer un système qui permettrait à tout citoyen de s'exprimer par l'intermédiaire de représentants.

On a donc formé une assemblée composée d'un certain nombre de membres, à laquelle sera confié le pouvoir de prendre les décisions dans l'intérêt de la communauté. Le territoire de la tribu portera dorénavant le nom de municipalité, sous le vocable de Saint-Tite.

Les années passèrent durant lesquelles les membres que l'on appelait «citoyens» construisirent des ouvrages pour améliorer leur qualité de vie et des immeubles pour l'usage public, dans l'intérêt public.

Ils aménagèrent aussi des espaces verts, de loisirs et de divertissements publics, à usage public pour le développement harmonieux de la collectivité et la santé de ses membres.

Vers la fin du 20e siècle, la courbe démographique de cette municipalité se modifia de façon très importante. La jeunesse ne représentait qu'une petite partie de la population, on s'en préoccupait donc peu. La majorité de la population se composait de personnes d'âge respectable profitant des bienfaits de la retraite.

Au début du 21e siècle, un entrepreneur privé oeuvrant dans la vente de services aux personnes d'âge respectable, leur fit miroiter un magnifique projet de construction d'unités locatives adaptées à leur réalité.

Les générations X, Y et Z étaient toutes en accord sur les objectifs poursuivis par cette entreprise privée, soit celui d'améliorer le mieux-être des générations qui les ont précédées. Cependant, ce que ces générations ne savaient pas et qu'ils ont appris trop tard, c'est que le promoteur reluquait un magnifique terrain à usage public, utilisé par les citoyens.

Ce terrain représentait un espace vert au centre du territoire de la municipalité. Un endroit où l'on pratiquait diverses activités sportives.

L'appui inconditionnel des élus municipaux au projet du promoteur cherchant à s'approprier un bien public finit par sortir de l'ombre. Les générations X, Y et Z en furent donc très vite informés. Quel désappointement pour eux! Ils constataient avec stupéfaction que les représentants de leur municipalité travaillaient à la destruction d'un bien public en place depuis des générations, un bel espace vert toujours opérationnel, rassemblant la collectivité.

Plusieurs années se sont écoulées et un beau jour je décide d'aller visiter cette bourgade. Mon petit vaisseau se posa sur un terrain presque désert, à l'exception des ruines d'un bâtiment qui semblait avoir servi de centre d'hébergement pour une certaine catégorie de la population locale. Il n'y avait pas âme qui vive.

En marchant sur ce terrain, un vent léger faisait tourbillonner de vieilles pages de journaux, dont certaines finirent leur course sur mes jambes.

Je ramassais quelques-unes de ces pages et en les feuilletant, j'appris alors que les élus municipaux avaient choisi l'intérêt privé au détriment de l'intérêt commun de ses citoyens et vendu le magnifique terrain de loisirs de leur municipalité.

Sur l'une des pages, un article avec une photo représentant une jeune fille, seule au milieu d'un terrain de balle, qui transmettait un message aux membres de sa communauté sur l'importance de maintenir l'équilibre intergénérationnel pour conserver sa pérennité.

Le maintien de cet équilibre devait passer par le respect de la volonté populaire et du maintien des infrastructures d'utilité publique que la population avait aménagées pour assurer son développement social.

Je regardai autour de moi. Je n'y voyais que ruine et désolation. Que s'était-il passé? Je compris à la lecture des ces vieux journaux que la Ville de Saint-Tite était à la croisée des chemins et, en autorisant la construction des résidences privés pour les personnes d'âge respectable sur un terrain servant l'intérêt commun, elle n'avait pas suivi la bonne voie.

Cette décision a eu pour effet de modifier la composition sociale de la population et de faire fuir les jeunes générations, laissant ainsi une ville sans possibilité de se regénérer.

Les règles de fonctionnement dont s'était doté cette communauté n'avaient pas été suivies par les élus municipaux. Leur décision de nature privée a conduit la communauté à sa ruine et les citoyens à leur perte.

Alors n'envoyez jamais demander pour qui sonne le glas, il sonne pour toutes les communautés dont les citoyens se font jeter de la poudre aux yeux en leur laissant croire que les décisions sont prises dans l'intérêt collectif pour assurer leur continuité.

Devant ce désastre humain sur terre, je décidai d'écourter mon voyage et le coeur plein d'amertume pour cette jeune fille qui s'était battue sans avoir été entendue, je retournai sur ma planète, avec le souci de veiller à ce que mon peuple ne fasse jamais les mêmes erreurs que ces Terriens.

Audrey Ann Gagnon et Diane Asselin

Saint-Tite

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