Trois-Rivières, la pollution et les parias

Peut-être que Trois-Rivières, plus que toute autre ville... (Courtoisie)

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Peut-être que Trois-Rivières, plus que toute autre ville du Québec, devrait se doter d'une politique environnementale digne de ce nom.

Courtoisie

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Le Nouvelliste

Un palmarès publié par l'Organisation mondiale de la santé nous révèle que Trois-Rivières mérite le titre peu enviable de ville la plus polluée du Québec. Trois-Rivières est la quatrième ville la plus polluée au Canada, derrière Courtenay, Regina et Vanderhoof.

Je me suis accoutumé bien malgré moi à ces fines particules de pollution qui peuvent causer des problèmes de santé chroniques pour nos systèmes pulmonaire et cardiovasculaire.

Tout jeune, dans les années 70, je me souviens que la neige n'était pas toujours d'une blancheur immaculée autour de la défunte usine de textile Wabasso. Elle était souvent picotée de fines particules noires tout autour de l'usine. Notre naïveté d'enfant n'allait pas jusqu'à nous faire mordre dans cette neige comme tous les enfants devraient le faire. Nous étions insouciants mais un instinct purement animal nous rappelait que c'était sans doute nocif.

Aux Indes, où les problèmes de pollution sont encore plus sévères qu'ici, il y a eu longtemps un système de caste selon lequel les représentants de la plus basse caste, les parias, doivent boire uniquement de l'eau boueuse ou croupie. Ces «intouchables», il y en a un peu dans tous les pays sous différentes formes. Il semble qu'on puisse en trouver un peu plus à Trois-Rivières qu'ailleurs au Québec si l'on se fie au palmarès de l'OMS...

Il y a de cela quelques mois, par un jeudi soir où je revenais du travail, une grosse boucane noire et insipide flottait à ras le sol sur le boulevard Gene-H.-Kruger. Était-ce un incendie? Était-ce le froid qui collait au sol la fumée de la papetière Kruger? On ne voyait pas à dix pieds devant soi et, évidemment, je n'en sus trop rien par la suite. Rien parce qu'aucun média n'en a parlé le lendemain. Sinon moi, sur mon petit blog sans prétention. J'en ai conclu que ça devait être normal que de respirer de fines particules de pollution pour les parias de Trois-Rivières. Il y a des limites à vouloir vivre en bonne santé quand on n'a rien.

Peut-être que Trois-Rivières, plus que toute autre ville du Québec, devrait se doter d'une politique environnementale digne de ce nom. Peut-être qu'on pourrait planter des arbres au lieu d'élever des structures de béton monumentales qui confortent l'avidité de promoteurs et de petits politiciens sans scrupules.

Évidemment, une table de pique-nique et quelques arbres inutiles finissent toujours par jurer un peu à côté d'une cheminée d'usine.

C'est avec de la belle pollution qu'on développe une grande ville.

En tant que paria de Trois-Rivières, je ne le sais que trop bien.

Gaétan Bouchard

Trois-Rivières

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