Bientôt, nous allons manquer de sauge

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Le Nouvelliste

À la suite de deux émissions Enquête, dont celle du 31 mars dernier, portant sur les femmes autochtones de plusieurs régions du Québec - et celle de Val-d'Or en particulier -, abusées et mal traitées par des policiers, je crains sérieusement que nous allons manquer de sauge. Pour être en mesure de guérir ces femmes, blessées dans leur corps, leur dignité, leur intégrité.

En tant que femme, je suis dévastée. En tant que citoyenne, je suis indignée.

Force est d'admettre que l'image des corps policiers a perdu de son lustre. À juste titre.

Cette image, qui prétend protéger entre autres, les êtres les plus vulnérables de la société, en l'occurrence, les femmes autochtones, est ternie par ceux-là même qui, par leurs attitudes et comportements, rendent ces dernières plus vulnérables encore.

D'emblée, et pour demeurer dans le même registre que les gestes dénoncés, les intervenants concernés auraient avantage à se mettre la main sur le coeur au lieu de la mettre dans de petites culottes.

«Attention, il ne faut pas généraliser, c'est pas tous les policiers qui...». Les exceptions, bien sûr, j'y crois. Sans quoi la situation serait complètement désespérée. Mais les cas que l'on dit isolés font souvent figure de faux-fuyants.

Ce qui au contraire est généralisé, c'est la culture des corps policiers à l'égard des femmes autochtones. Une culture empreinte de mépris.

Depuis la Colombie-Britannique (Coquitlam), Winnipeg, Saskatoon, en passant par le Grand Nord, le Labrador, et le Québec, la situation est généralisée, systémique, et endémique, comme en font foi les témoignages recueillis par les journalistes de l'émission Enquête, ainsi que de nombreux rapports sur le sujet.

Cette culture du mépris transparaît par le biais de différents paramètres: des enquêtes tardives, obtenues à l'arraché, d'où ne sortiront fort probablement, que des études à tabletter ultérieurement, et des voeux pieux dépourvus de la moindre «dévotion» pour la cause des victimes; d'interminables paliers décisionnels de style ping-pong, ponctués de délais interminables; l'absence médiatique des autorités visées, soudainement retranchées dans un bunker institutionnel à toutes épreuves. Image oblige.

Quelques suggestions peuvent être adressées aux intervenants concernés.

On devrait développer et mettre en pratique une valeur fondamentale, le respect.

On doit aussi reconnaître qu'abuser, c'est abuser; il n'existe pas deux définitions. On devrait aussi enlever plus fréquemment le chapeau de fonction ou d'apparat, afin d'en libérer les préjugés qu'il abrite.

Aussi, descendre de temps à autre, de son «cheval», afin d'être davantage en mesure de comprendre et de traiter comme des citoyennes à part entière les descendantes de celles qui ont sauvé in extremis la vie de nos ancêtres venus de France.

Une lueur d'espoir cependant: de plus en plus de femmes dénoncent.

De plus en plus de données se compilent. De plus en plus de citoyens et de citoyennes sont au fait. Le point de bascule approche. Entre-temps, il n'est pas question de manquer de sauge à faire brûler.

Toutefois, bien que cette herbe ait le pouvoir de guérir l'âme et le corps blessé, je rêve avec plusieurs, femmes et hommes unis dans un même combat, au jour où les femmes autochtones - enfin celles qui n'auront été ni assassinées ni disparues, ni conduites en forêt en plein hiver nordique pour dégriser de blessures innommables, ni conduites à un poste de police pour y être humiliées et agressées sans témoins autres que leurs agresseurs -, je rêve au jour où ces femmes, mes soeurs de coeur et de pays, n'auront plus besoin de sauge.

Rose-Aimée Bédard

Nicolet

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