L'esprit ou la loi

Je voudrais d'abord vous présenter la vie d'une personne qui m'est très chère... (PHOTO MATHIEU WADDELL, ARCHIVES LA PRESSE)

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Le Nouvelliste

Je voudrais d'abord vous présenter la vie d'une personne qui m'est très chère mais que je ne nommerai pas pour sauvegarder son droit à la vie privée.

Depuis 1969, elle parcourt un itinéraire de vie tortueux dans lequel ses pensées, ses sentiments et ses émotions sont souvent dilués dans un monde où voix, hallucinations, culpabilité, colère, religiosité et autres manifestations perturbent sa perception et ses comportements. Oui, elle est schizophrène. Elle est allée d'hôpitaux en centres d'hébergement en passant par des foyers d'accueil. Seule la prise régulière de ses médicaments a soulagé ses souffrances qui n'ont rien à envier à celles d'un cancéreux, par exemple.

Depuis le mois de mars, elle vit une crise dangereuse pour sa vie physique et mentale: elle ne mange presque pas. Elle refuse les médicaments qui lui sont prescrits et qui pourtant la ramèneraient dans le réel avec une bonne qualité de vie.

Voyant son attitude et son état physique et mental, les responsables du centre psychiatrique où elle vit ont voulu l'hospitaliser. Devant son refus, les ambulanciers ont prétexté le respect de la charte des droits et libertés et l'ont laissée au centre. Pourtant son état mental justifiait un tel transport. Il aura fallu deux autres appels au 911 pour que les ambulanciers accompagnés de policiers acceptent de la conduire à l'hôpital, malgré ses droits bafoués.

Sans médicaments, en plein délire de paranoïa et d'agressivité, que permet la loi? Et l'esprit? La loi sur les soins en fin de vie stipule qu'il faut prévenir et apaiser les souffrances mais les moyens requis sont hors de portée à cause d'une loi. Il y est aussi écrit que pour une personne majeure inapte, celle qui en prend soin est apte à consentir aux soins pour elle.

Que croire? Que faire? Le seul pouvoir que je me reconnais est celui de décrire la situation, souhaitant que les mots aient un pouvoir de persuasion. J'ai l'impression de regarder dépérir quelqu'un qui m'est précieux, de le voir s'enfoncer dans un monde chimérique.

Je conçois qu'une personne inapte mentalement soit exclue du droit à choisir sa fin de vie. Je ne conçois pas qu'une personne inapte mentalement puisse choisir de n'être pas soignée, à son détriment. Car, il n'est plus question de choix mais d'aliénation.

Que peut-on invoquer pour protéger cette personne malgré elle? Existe-t-il une dérogation à la loi?

Si personne n'agit, la loi aura eu raison de l'esprit.

Doris Cormier

Nicolet

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