Jacques Ferron, le NPD et l'avenir du Québec

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Jacques Ferron

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Le Nouvelliste

Comme bon nombre d'intellectuels québécois à son époque, l'écrivain Jacques Ferron a cru un moment que le CCF, ancêtre du NPD, pouvait représenter une voie d'avenir pour le Québec.

Comme eux, il a fini par déchanter. Confrontée à une sensibilité exclusivement et résolument canadian, et devant l'absence totale d'ouverture face aux revendications sociales et politiques des Québécois à l'aube de la Révolution tranquille, la gauche québécoise a déserté la gauche-CCF.

Grand conteur au style qu'on lui connaît, Ferron résumait cette rupture de la manière suivante dans la Revue socialiste à l'été 1960: «Le CCF est un parti ouesterne. Il est né de l'accouplement de monsieur Woodsworth et d'un bison, accouplement bizarre: le bison en est mort. [...]

À cause de son humanisme j'avais espéré plus de la CCF, je me suis trompé. Le socialisme de nos compatriotes anglais n'est qu'un masque pour continuer la seule politique qu'ils n'aient jamais eue au Canada: imposer leur domination, catchup on the steak coast to coast.

Là-dessus ils ne transigent jamais. Ils sont implacables. Oh! Ils ont quand même la belle âme. La belle âme est de leur programme: catchup and belle âme on the steak coast to coast. Seulement c'est la belle âme du pharisien.»

Cinquante ans plus tard, Ferron aurait-il regardé les choses autrement, face à l'ampleur de la vague orange?

Il est quand même difficile de croire que le chef et fondateur du Parti Rhinocéros, dans sa province de Mauricie, aurait cédé (malgré tout!) au charme de Ruth Ellen.

Une chose est sûre, il n'aurait pas été surpris de voir le bon Jack enterrer la timide Déclaration de Sherbrooke quelques jours après l'élection des 59 députés du Québec en mai 2011.

«C'est une question hypothétique, lança le bon Jack en passant, car on ne sait pas quelle sera la question (référendaire) possible dans le futur. Ce qui est vrai, c'est que ces députés sont avec nous, un parti qui est fédéraliste, un parti qui est en train de créer les conditions gagnantes pour le Canada au Québec».

Ferron aurait bien compris la signification de ces «conditions gagnantes pour le Canada au Québec». Nul doute qu'il aurait aussi deviné le jeu de Tom/Thomas des deux côtés de la rivière des Outaouais, bien vu le sens de son agitation frénétique contre le bref gouvernement péquiste à l'ouest, bien vu la belle âme de Pharisien de ses porte-paroles, rassemblant à coup d'indignations bloquistes et frontistes dans un même sac, à l'est.

Malheureusement, Jacques Ferron n'est plus des nôtres. Mais son souvenir nous incite à regarder du côté de la vague orange, à sonder ses replis dans l'espoir de trouver, peut-être, quelque esprit d'envergure qui aurait récemment connu le même genre d'épiphanie que le bon docteur (le vrai), alors que le centre de gravité du troisième parti canadian revient tranquillement vers les terres du bison disparu.

Simon Couillard

Enseignant en philosophie au Cégep de Victoriaville, doctorant en études québécoises à l'UQTR

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