Le devoir de s'informer

Cette lettre est une réponse à la celle écrite par M. Jean-Guy Boucher de... (Photo archives La Presse)

Agrandir

Photo archives La Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Le Nouvelliste

Cette lettre est une réponse à la celle écrite par M. Jean-Guy Boucher de Trois-Rivières, le 22 mars dernier, intitulée «L'aide sociale s'accompagne de devoirs et de responsabilités».

Premièrement, j'aimerais vous remercier Monsieur Boucher d'avoir écrit votre opinion dans Le Nouvelliste. Cela me donne l'occasion d'écrire à mon tour pour parler de ma vision des choses.

Je me sens le devoir cependant de vous dire que ce n'est pas facile pour moi d'écrire ces quelques mots, parce que ça me demande beaucoup d'humilité et de courage.

Je suis d'accord avec vous que les gens à l'aide sociale ont des devoirs et des responsabilités. Cependant, je nommerais cela plutôt «obligations».

Effectivement, comme vous disiez, les gens qui reçoivent de l'aide de dernier recours (aide sociale) ont des devoirs et des responsabilités, mais nous en avons tous aussi, je crois, quand on écrit une lettre d'opinion.

J'ai l'impression qu'il aurait été plus responsable de votre part de vérifier vraiment au-delà de vos premières impressions avant d'écrire votre lettre pour le journal. Se fier à ses premières impressions peut trop souvent laisser place à des interprétations qui peuvent parfois être très loin de la réalité.

C'est rarement un choix d'être à l'aide sociale; quand on est là, c'est parce qu'on n'a pas le choix. C'est très souvent à cause de maladies qu'on y arrive, comme ça a été mon cas d'ailleurs. J'ai travaillé pendant une quarantaine d'années. Je ne m'attendais jamais un jour à demander de l'aide de dernier recours.

Si vous, un jour, vous aviez à demander de l'aide sociale, vous verriez que, très souvent, la vie a un autre visage que celui que vous peignez dans votre article. À l'aide sociale, il y a des gens de tous métiers et formations. Il y a des gens qui étaient des mécaniciens, des enseignants, des bouchers, des bûcherons, des cuisiniers, etc. C'est souvent le résultat d'une course à obstacles qui fait qu'on se retrouve à vivre des prestations de dernier recours. Il y a toutes sortes de situations qui font qu'on peut avoir besoin de l'aide sociale.

La dignité en prend pour son rhume quand on est rendu à l'aide sociale. J'ai trouvé cela très gênant et très difficile de me rendre au bureau de l'aide sociale pour la première fois de ma vie et remplir tous les multiples formulaires. J'ai vécu ça comme une humiliation. Je me sentais comme si je n'étais rien. J'ai eu à affronter les regards des gens du bureau d'aide sociale.

Depuis ce temps-là, je ne m'habitue pas vraiment à vivre avec le jugement que je reçois des autres quand je parle de ce que je fais. Je trouve ça aussi très dur sur ma dignité d'avoir à vivre avec les demandes et exigences de l'aide sociale au quotidien pour qui j'ai le sentiment d'être moins que rien par moments. Malheureusement, je peux vous dire que c'est le cas aussi de la grande majorité des prestataires. Vous savez, c'est extrêmement dur pour ma dignité de montrer ma carte médicaments pour avoir accès aux médicaments gratuits. Je peux vous dire que parfois j'aimerais mieux les payer que de les avoir gratuits.

Julie Boulet a déjà dit qu'il n'y a pas plus de fraudeurs à l'aide sociale que dans le reste la société. Mais, bien sûr, quand la fraude est pour une question de survie et que ce n'est pas un vol banal dans une usine, on parle d'un geste impardonnable. Je ne l'excuse pas, mais je comprends ceux qui sont rendus là, avec le montant dérisoire qui nous est remis chaque mois pour supposément combler nos besoins essentiels.

J'ai lu dans ce journal que Mme Michelle Courchesne (ex-ministre responsable de l'aide sociale), a dit qu'un maximum de 10 % des gens sans contraintes à l'emploi pouvaient réintégrer le marché du travail sans une aide considérable, car ils sont trop éloignés du marché du travail. Alors, pourquoi généralisez-vous la situation en disant des gens à l'aide sociale qu'ils ont une forme de vie «parasitaire .

Vous savez tout comme moi, le rôle de citoyen s'accompagne aussi de devoirs et de responsabilités. Ainsi, une prochaine fois, je vous conseillerais, si vous aviez l'intention de réécrire un article concernant l'aide sociale, de vous informer davantage sur ce que peuvent vivre les personnes dans cette situation.

Michel Harrisson

Champlain

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer