Mélanger les pommes et les oranges 

Les ventes de Rona et des rôtisseries St-Hubert... (La Presse)

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Les ventes de Rona et des rôtisseries St-Hubert à des intérêts non québécois risquent d'avoir des effets sur notre économie.

La Presse

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Le Nouvelliste

Avec les ventes de Rona et des rôtisseries St-Hubert à des intérêts non québécois, la ministre de l'Économie, Dominique Anglade, essaie de nous faire accroire que cela aura très peu d'effet sur notre économie. D'autant moins que les entrepreneurs québécois ont acquis encore plus d'entreprises ailleurs. Comme si toutes les économies se ressemblaient. Ainsi, selon elle, cela reviendrait au même si nos entrepreneurs s'emparaient de 50 moyennes ou grandes entreprises (plus de 200 employés) aux États-Unis, qui en disposent de plus de 500 000 autres, soit une goutte d'eau dans leur économie, alors que les Américains en achèteraient 10 autres au Québec qui en a que 2800; surtout dans ces cas avec des succursales dans presque toutes les régions.

Or, on sait que le développement de n'importe quelle PME provient des ressources avancées par sa direction, mais aussi du dynamisme du tissu industriel qui l'entoure. Comme des fils entrelacés joignant les firmes à d'autres acteurs par de multiples liens pour que ça fonctionne bien, tels leurs fournisseurs, distributeurs, consultants, institutions de formation, réseaux, etc. Chaque fois que ces fils sont coupés ou affaiblis et ne sont pas remplacés, le tissu industriel s'étiole pour les entreprises qui restent. De plus, cela restreint encore plus le capital social qui facilite ce développement.

C'est évidemment ce qui va survenir avec ces deux entreprises qui, inévitablement, vont finir par être reliées aux autres ressources extérieures de l'acheteur, comme ses fournisseurs, ses transporteurs, ses publicitaires, etc. Comme ce fut rapidement le cas de Loblaws après son achat de Provigo malgré toutes les promesses faites lors de la transaction. Puisque ces achats ont justement pour objectif de profiter des économies d'échelle du groupe. Et les firmes québécoises restantes, comme dans ce cas celles en restauration ou en quincaillerie, perdront graduellement la force des producteurs de volailles ou des fournisseurs de produits pour la construction, due à des ventes nettement moins importantes, sans compter les pertes en transport concurrencées par les camions des provinces de l'Ouest ou des États-Unis.

En d'autres termes, tout développement de n'importe quelle entreprise suppose des dizaines de ressources en externe stimulées autant par elle que par les autres entreprises régionales qui les utilisent directement ou indirectement.

Penser que la vente d'une entreprise importante ne change rien aux affaires, c'est croire que les pommes de Rougemont goûtent les oranges de Californie et que cela n'affectera pas le portefeuille des Québécois. C'est là où nous mène ce gouvernement.

Pierre-André Julien

Professeur émérite

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