Oléoduc Énergie Est: dans la lignée du capitalisme sauvage

Les premiers jours des audiences publiques du BAPE sur le projet d'oléoduc... (Archives Le Nouvelliste)

Agrandir

Archives Le Nouvelliste

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Le Nouvelliste

Les premiers jours des audiences publiques du BAPE sur le projet d'oléoduc Énergie Est ont donné lieu à des moments cocasses, pour peu que l'on puisse rire devant la gravité de la situation. Il était en effet distrayant de voir les bonzes de la compagnie patiner et multiplier les pirouettes quand un citoyen leur a demandé «à partir de quand un incident devient un accident». La question, somme toute banale, mettait en lumière tout le flou sémantique et la confusion que TransCanada entretient dans la documentation de son projet.

Plus sérieusement, la compagnie a été questionnée sur la responsabilité financière et l'imputabilité advenant un incident (ou accident) majeur. Les commissaires ont dû cette fois talonner les porte-paroles de TransCanada pour qu'une réponse intelligible soit formulée. Ce qu'on en retient, c'est qu'en deçà du milliard de dollars de dommages, Énergie Est est imputable, et qu'au-delà de cette somme, TransCanada prend la relève. L'article 2 de la loi sur le développement durable stipule que «le développement durable s'entend d'un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs». Comment un dégât d'un milliard de dollars (et plus) peut-il se conjuguer avec l'appel à la prudence que nous dicte la loi? Soyons sérieux, une catastrophe de cette ampleur aurait, par nature, des conséquences irréversibles.

La portion québécoise du tracé de l'oléoduc sillonne la fertile vallée du Saint-Laurent, là où nos ancêtres ont défriché de leurs mains la terre qui définit, encore aujourd'hui, avec toutes les difficultés que l'on sait, l'âme agricole de notre peuple. C'est notre identité même qui est en jeu ici.

Avec un débit d'un million de barils et plus par jour, le chiffre d'affaires de la compagnie se compterait en milliards de dollars par mois. La figure fait peut-être rêver les plus naïfs, au nombre desquels, certains de nos politiciens, mais ce n'est pas au service du bien commun que la compagnie oeuvre, mais bien à l'enrichissement de ses actionnaires; point. Gardons en tête qu'au chapitre des redevances, les gouvernements, de quelque allégeance qu'ils soient, n'ont jamais su tenir tête à l'industrie. À ce chapitre, nous demeurons malheureusement un peuple largement colonisé.

Dans le même ordre d'idées, le récent rapport d'OXFAM, publié il y a quelques semaines, nous rappelle que les inégalités sociales et économiques ont explosé au cours des dernières années. La tendance est exponentielle. Le projet de TransCanada s'inscrit directement dans la lignée du capitalisme sauvage décrié par le rapport. Nos gouvernements, impuissants face au rouleau compresseur des lobbys des géants, marchent main dans la main avec ceux-ci.

Nous avons mis les premiers peuples de cette terre dans des réserves parce qu'ils ne cadraient pas dans les projets. C'est maintenant au tour des descendants des colons qui ont occupé ce territoire de ne plus faire partie de l'équation. Quel sort nous attend maintenant?

Sébastien Houle

Saint-Élie-de-Caxton

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer