Pyrrhotite: le cadeau empoisonné

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Dès que le budget de Bill Morneau a été mis en ligne, je me suis empressé de le parcourir afin de connaître l'ampleur de l'effort pour la crise de la pyrrhotite. À la vue du montant de 30 millions $ sur trois ans, un calcul rapide m'a fait conclure que le montant serait épuisé dès le mois d'août, mais qu'au moins, les cas urgents, tel que le mien l'a été par le passé, pourront être réglés et aussi permettre à une centaine de victimes de retrouver un peu de marge de manoeuvre. Par ailleurs, sur le fond, je me réjouissais de cette victoire colossale dans la mesure où le gouvernement conservateur a été tout simplement abominable dans ce dossier pendant des années. Selon ma lecture, tout cela représentait un bon départ et augurait bien pour la suite des choses même si, ironiquement, j'ai reçu une facture de mon avocat la journée même du budget!

Toutefois, cette victoire morale fut courte. Très courte. À peine les familles victimes avaient terminées une première nuit d'un sommeil plus paisible, que les formules creuses telles aide définitive, champs de compétence et processus juridique ont recommencé à raisonner. Le cauchemar.

En d'autres termes, voici un chèque, dites merci et maintenant, on ne veut plus en entendre parler! D'ailleurs, à ce qu'on raconte, il n'y a déjà plus de réception au bout du fil. Comme un air de déjà-vu... Encore une fois, cette stratégie de saupoudrage de miettes tombant de la table des priorités ne résout en rien la crise et fait perdurer le climat d'incertitude pour les victimes et, dans une certaine mesure, pour les entrepreneurs qui doivent ordonnancer les contrats et planifier la main-d'oeuvre. Cette aide étant un prêt, faut-il le rappeler, nous continuerons d'être 4000 familles à financer un programme d'infrastructure de 1,3 milliard $. Ceci est profondément injuste et inacceptable.

Il ne me restera plus un seul cheveu quand le processus juridique sera enfin terminé et j'aurai payé des dizaines de milliers de dollars d'intérêts sur le prêt contracté pour les travaux. (Sans compter une perte de rendement sur cet argent. Étant au début de la trentaine, l'effet du rendement composé peut représenter quelques années de retraite). Les coûts des travaux de réfection continueront de connaître une croissance galopante et les drames se multiplieront en entraînant des coûts sociaux aussi grands qu'inchiffrables.

Depuis plusieurs années, les victimes mentionnent qu'il n'y a pas que l'argent dans nos attentes envers les élus. Les gouvernements possèdent de puissants leviers face à SNC-Lavalin. Qu'ils s'en servent de grâce! Il y a aussi des possibilités législatives, ne serait-ce que pour s'assurer que ça ne se produise plus jamais. Les normes d'évaluation devraient aussi être revues pour refléter la valeur marchande réelle d'une maison qui est atteinte d'un problème de ce type. Il y a aussi des possibilités de concertation autour d'un gabarit quant aux coûts des travaux, mais, surtout, circonscrire une fois pour toutes l'ampleur réelle de la crise.

En définitive, le 6 octobre 2014, dans ces mêmes pages, j'avais suggéré la mise sur pied d'une commission d'enquête sur la crise de la pyrrhotite puisque cela demeure à mon avis le meilleur moyen de répondre aux nombreuses questions sans réponses, d'émettre des recommandations pour que ça n'arrive plus jamais à personne et, finalement, de pousser significativement les coûts vers le bas. L'effet Charbonneau a d'ailleurs été très clair à ce niveau dans le milieu de la construction. Il m'apparaît évident que le même effet se matérialiserait dans notre dossier et permettrait de réparer plus de maisons avec le même montant d'argent.

Marc-Olivier Gagné

victime de la pyrrhotite

Trois-Rivières

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