Petites mises au point sur les armes à feu

En réaction à la lettre de Benoît Laganière intitulée «L'héritage du... (La Presse)

Agrandir

La Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Le Nouvelliste

En réaction à la lettre de Benoît Laganière intitulée «L'héritage du registre: les vies sauvées et l'argent épargné», parue le 25 février dernier.

Le Nouvelliste a publié récemment une lettre d'opinion où, pour l'essentiel, on lit que le défunt registre fédéral des armes à feu sans restriction (en gros, il s'agit des armes de chasse) aurait sauvé la vie de plus de 3000 personnes et aurait épargné près de 3 milliards $ à la société.

Cette affirmation s'appuie sur une étude publiée en 2010 par l'Institut national de santé publique du Québec démontrant, selon la lettre d'opinion précitée, «que le registre canadien des armes à feu a sauvé la vie d'au moins 300 Canadiens par année, dont 50 par homicide.»

Or l'étude précitée, en parlant des 300 vies sauvées, faisait référence à la loi C-68 et non au registre des armes à feu sans restriction. Il s'agit de deux choses bien différentes. En plus des dispositions reliées à la mise sur pied d'un tel registre, la loi C-68 introduisait un permis de possession d'armes à feu pour tous ceux qui possèdent une arme à feu sans restriction (et non seulement pour ceux qui veulent en acquérir comme c'était le cas auparavant), un filtrage plus poussé des titulaires de permis et des peines plus sévères pour les infractions graves commises avec armes à feu.

Les chiffres avancés par l'Institut national de santé publique du Québec ont été estimés à partir des résultats d'un mémoire de maîtrise intitulé «L'effet des législations canadiennes entourant le contrôle des armes à feu sur les homicides et les suicides», présenté en 2008 à l'Université de Montréal, et où on conclut que la loi C-68 a permis de réduire les taux d'homicide et de suicide par arme à feu mais que «nos résultats ne permettent pas de prendre position par rapport à l'efficacité du registre universel des armes à feu [...] il reste à établir le rôle du registre ».

Il faut donc conclure de ce qui précède que les chiffres avancés dans la lettre d'opinion du 25 février 2016, quant à la prétendue efficacité du registre des armes à feu sans restriction, résultent d'une interprétation erronée de l'étude de l'Institut national de santé publique du Québec.

Par ailleurs, une étude a été publiée en 2012 dans le Journal of Interpersonal Violence et s'intitulait «Canadian Firearms Legislation and Effects on Homicide 1974 to 2008». Cette étude concluait qu'elle ne pouvait démontrer une association bénéfique entre l'implantation en 2003 du registre canadien des armes à feu sans restriction et les homicides ainsi que, de façon plus générale, entre la législation sur les armes à feu et les homicides entre 1974 et 2008 au Canada. L'étude concluait la même chose dans le cas des homicides commis par un conjoint.

Une indication selon laquelle le registre des armes à feu est inutile réside dans le fait que depuis son abolition en avril 2012, on n'a pas assisté au bain de sang appréhendé par les tenants du registre, à savoir les 300 décès additionnels par année au Canada auxquels fait référence la lettre d'opinion du 25 février 2016.

Un argument semblable a été retenu dans un jugement de la Cour supérieure de l'Ontario. Pour l'essentiel, la partie demanderesse contestait la constitutionnalité de la loi C-19 qui a aboli le registre des armes à feu sans restriction, au motif qu'elle était contraire aux articles 7 (Vie, liberté et sécurité) et 15 (Droits à l'égalité) de la Charte canadienne des droits et libertés.

En termes plus simples, la partie demanderesse invoquait que l'abolition du registre mettrait la vie des Canadiens en danger, particulièrement celle des femmes. La Cour a rejeté cette poursuite.

Michel Veilleux

Sainte-Monique

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer