Je suis féministe

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Le Nouvelliste

Oui, je suis féministe et je pense que je le sais depuis mon adolescence.

Comment comprendre que des femmes se disent non féministes? Verrions-nous des hommes renier leur masculinisme? Sûrement pas moi.

Je suis né au seuil du réveil québécois à notre distinction française et à celui du combat des femmes pour leur émancipation humaine, à ce droit de l'égalité des êtres, à l'égalité de ceux qu'on qualifie faussement du «sexe fort».

Avec le travail acharné de ces suffragettes du début du XXe siècle, de nos Québécoises non moins célèbres comme Madeleine Parent, Simone Monet-Chartrand, Françoise Gaudet-Smith (ou Smet), Françoise David et combien d'autres dans l'ombre comme ma grand-mère Aima Duchesne, chapelière de Yamachiche, ma belle-mère Bibiane Milot, agricultrice-maraichère de Saint-Thomas-de-Caxton, et évidemment ma mère Liliane Carbonneau, musicienne et maître-éducatrice de 5 enfants; ces femmes ont soulevé cette lourde couverture qui cachait leur immense talent et leur grande détermination à réussir leur vie et leur contribution au bonheur et à la prospérité de cette société.

Combien de fois j'ai réalisé que sans leur exemple maternel et humain, je n'aurais pas eu la force de m'actualiser? Ce sont d'elles que nous vient notre force de personne.

Aujourd'hui, grâce à leur audace et la Révolution tranquille, la gent féminine du Québec récolte petit à petit, mais dans l'oubli des doyennes, les fruits de ce difficile travail de s'arracher à cette millénaire servitude aux hommes trop imbus de leur force physique. Les mâles ont de tout temps fait ce triste amalgame que de leur force musculaire, de leurs biceps et leur phallus résultaient la puissance de leur intelligence. Erreur: parallèle insoutenable et non fondé. Lever 150 livres au-dessus de ma tête ne confère pas à celle-ci un QI de 150!

L'autre jour, je me déclarais féministe à une belle jeune et charmante femme; celle-ci s'est empressée de me déclarer fièrement ne pas l'être, car elle était pour que la femme reste à la maison pour éduquer les enfants! «Mais là n'est pas la question, madame: vous pouvez être pour que la femme gère toute la maisonnée, la ribambelle et tout ce qui l'entoure, tout en étant féministe. L'important est que votre conjoint et vous, soyez sur la même égalité de personne quand vient le temps de prendre des décisions sur tout ce qui a trait à cette gestion de la maisonnée.» Être féministe, c'est reconnaître l'égalité entre les femmes et les hommes: fini la soumission de la femme au diktat de l'homme! Être féministe, c'est reconnaître le respect dû à la femme et sa condition d'être; c'est un devoir de l'homme en tout temps et toutes circonstances.

Se déclarer féministe, c'est se responsabiliser comme être humain, c'est se déclarer respectueux de la gent féminine, l'autre moitié de l'humanité. S'il y a un sexe «fort» sur cette planète, ne faudrait-il pas le définir autrement que de la façon dont nous le faisons depuis trop longtemps? Être femme est beaucoup plus complexe et exigeant que d'être un homme. Qui est donc ce «sexe fort» alors?

Un jour, une jeune femme m'interpella: «Toi, François Champoux, tu ne sais pas ce que c'est qu'être une femme! Tu ne ressens pas la peur que nous avons lorsque nous osons simplement prendre une marche le soir dans notre quartier!» Elle avait totalement raison: j'ignorais cette peur, j'ignorais ce qu'était être Femme, traitée de haut par les machistes qui ne pensaient qu'à aliéner les fortes personnalités féminines de peur de perdre leur face de monarque parvenu.

Oui, je suis féministe et je le suis à cause de mon père qui a su me donner l'exemple de toujours respecter l'excellent jugement de ma mère. Au fond, l'un et l'autre se complétaient: la somme des parties donnait plus grande que 2. Ils savaient conjuguer leur amour conjugal! «Gagnant-gagnant», diraient certains. Ha! si nous étions tous féministes, quel plaisir, quelle joie nous aurions à vivre!

François Champoux

Trois-Rivières

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