WeFood: démocratiser le gaspillage alimentaire

WeFood, un magasin danois situé à Copenhague, est...

Agrandir

WeFood, un magasin danois situé à Copenhague, est devenu le premier magasin au monde à vendre des produits périmés à la population.

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Le Nouvelliste

L'auteur, Sylvain Charlebois, est professeur au Food Institute de l'Université de Guelph.

Les tribunes le mentionnent souvent ces derniers temps: nous gaspillons de la nourriture à profusion. Selon une étude récente, les Canadiens gaspillent annuellement pour environ 31 milliards $ de nourriture. Par exemple, une famille canadienne moyenne gaspillera 123 kilos de fruits et légumes, 16 kilos de viandes et 30 litres de lait. C'est un problème qui affecte l'ensemble des pays industrialisés, pas seulement le Canada. En Europe, certains ont décidé de prendre les grands moyens en offrant une vitrine à des produits alimentaires invendus dont la date de péremption est à quelques jours près. Pour inciter les consom-mateurs à les acheter, ces produits sont offerts au rabais, bien sûr.

WeFood, un magasin danois situé à Copenhague, est devenu le premier magasin au monde à vendre des produits périmés à la population. Les consommateurs qui visitent WeFood doivent cependant accepter d'acheter des denrées qui ne seraient pas vendues ailleurs soit par péremption ou parce que l'emballage est endommagé. WeFood est un organisme sans but lucratif dont les recettes serviront à desservir des régions qui éprouvent une insécurité alimentaire sévère.

WeFood est un concept puissant, mais le magasin fait face à certains défis. Géré par des bénévoles, WeFood est à la merci de ce que ses partenaires ne vendent pas. Bien que les consommateurs puissent épargner, ils achètent des produits impopulaires, endommagés et de moindre qualité. WeFood doit composer non seulement avec des défis d'approvisionnement majeurs, mais le magasin doit aussi gérer chaque produit avec soin, surtout ceux qui portent une marque chérie par les grands de l'alimentation, soucieux de leur image. C'est un casse-tête délicat qui mérite une attention particulière.

L'autre défi demeure bien sûr la salubrité et l'innocuité alimentaire. Même si WeFood se prive de vendre des produits laitiers et des viandes, les risques inhérents sont réels. Afin de protéger sa clientèle, le magasin foisonne d'enseignes permettant à quiconque de bien comprendre et maîtriser les risques, une fois à la maison. Mais les attitudes envers la salubrité alimentaire en Europe sont très différentes. Bien des Européens acceptent le fait que certains produits peuvent se consommer longtemps après la date limite, comme les yaourts, les boîtes de conserve, les produits secs, le fromage ou les produits surgelés. Par ailleurs, pendant que bien des produits comme les oeufs et le fromage sont rarement réfrigérés en magasin, le lait cru est disponible dans plusieurs pays. Au Canada, nous sommes loin d'en arriver là. La société du risque occupe une place prédominante chez nous, surtout en alimentation.

L'ouverture de WeFood s'inscrit dans une mouvance qui a permis au Danemark de perdre son titre de gaspilleur alimentaire par excellence en Europe. En effet, en 2010-2011, un citoyen danois gaspillait plus de 750 kilos de nourriture par année, soit 35 % de plus qu'un Français. Depuis lors, le Danemark a réduit le gaspillage alimentaire de 25 %, en cinq ans, grâce à quelques changements aux règlements liés à l'étiquetage de dates qui influe sur le gaspillage alimentaire, mais qui n'affole plus autant les consommateurs. Pour les Danois, WeFood est une véritable déclaration de guerre contre le gaspillage alimentaire.

En soi, au Canada, vendre des produits alimentaires quasiment périmés n'est pas révolutionnaire. La majorité des grands de la distribution et même de petits marchands le font déjà. Mais il existe un certain malaise au sujet des produits non vendus, avouons-le. Le coin des produits mal-aimés est souvent occupé par un chariot à plusieurs tablettes sorti de nulle part, contenant des produits alimentaires mis en liquidation à quelques jours de la date de péremption. Souvent, les consommateurs vont soit éviter ce coin comme la peste, ou s'y ruer pour trouver le nécessaire. Au détail, réduire le gaspillage est une priorité qui semble parfois secondaire comparativement au mouvement européen.

Malgré cela, plusieurs font tout de même leur possible pour réduire le gaspillage alimentaire, incluant les grands de la distribution et de la transformation alimentaire. Les campagnes publicitaires des légumes laids à succès et les généreux dons aux banques alimentaires font leur bonhomme de chemin. Mais le modèle WeFood démocratise le défi du gaspillage alimentaire en laissant n'importe qui offrir une utilité économique à un produit alimentaire rejeté par un système qui valorise l'esthétique et la perfection. De plus, ces échanges se font dans un environnement agréable, sans juger ceux qui optent pour des produits moins chers. Un jour, nous pourrions voir un magasin comme WeFood ouvrir ses portes au Canada, mais ce n'est pas pour tout de suite.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer