Les limites de l'humour

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La cause de Mike Ward qui, dans de récents spectacles, a fait du jeune Jérémy un sujet humoristique, préoccupe plusieurs personnes responsables de personnes vivant avec un handicap.

La Presse

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Le Nouvelliste

La situation vécue par celui que l'on appelle le petit Jérémy et l'humoriste Mike Ward m'interpelle beaucoup. Je suis préoccupé par cette nouvelle approche observée depuis quelques années qui tend à cautionner presque tous les propos sur le principe du droit à l'expression.

Albert Einstein nous dit que «si vous jugez un poisson à sa capacité à grimper aux arbres, il passera sa vie entière persuadé qu'il est totalement stupide».

Pour la grande majorité des personnes handicapées, ce n'est pas leur handicap qui est la principale limite à leur épanouissement mais plutôt le regard que portent les autres sur leur condition et leur différence.

À mes yeux, un élément important à inclure dans une réflexion qui porte sur la question des droits est la notion d'égalité. Il est vrai de dire que nous sommes tous égaux au sens de la loi et que personne n'est au-dessus des lois.

Toutefois, à l'extérieur des tribunaux, il me semble important de reconnaître et d'accepter le fait que nous ne partons pas tous égaux face aux défis que la vie nous présente.

Pour certaines personnes handicapées, la vie a imprégné leur condition dès leur naissance et pour d'autres, un seul évènement a transformé à jamais leur existence.

En ce sens, il est naturel et facile d'identifier la personne handicapée comme étant une victime à la loterie de la vie. Ayant grandi dans une immersion complète à la différence, j'ai appris à découvrir et à porter un regard différent sur la personne handicapée.

D'ailleurs, plutôt que de dire d'une personne qu'elle est handicapée, il serait plus juste de dire que c'est une personne vivant avec un handicap. De cette façon, la personne se définit autrement que par son seul handicap.

Pour moi, l'enjeu du débat ne se trouve pas dans la volonté et la capacité d'une personne à rire de tout. Même si l'on se dit prêt à accepter les conséquences de nos choix et de nos orientations, lorsque l'on est habité par les valeurs de dignité et de respect, il est inévitable qu'un certain filtre s'impose dans le choix de nos paroles.

De plus, pour ma part, la quête visant à trouver un angle drôle et comique à toute situation me semble périlleuse.

Comme société québécoise, notre regard et notre ouverture aux personnes marginalisées ont beaucoup évolué au cours des dernières décennies. Si l'on se reporte il y a quelques années, j'aurais difficilement pu imaginer que notre bonne amie Gabrielle Marion-Rivard ait pu connaître autant de rayonnement et de succès et ce, grâce à sa différence.

Cela ne nécessite aucun effort de relever les différences apparentes chez les personnes que l'on croise sur notre chemin. Il s'agit presque d'un réflexe naturel.

Pour certaines personnes, j'irais malheureusement jusqu'à dire qu'il s'agit d'un mécanisme de protection, d'un système de défense.

Or, en reconnaissant l'énergie, la résilience et le courage que doivent déployer les personnes vivant avec un handicap et leur famille, il nous serait impossible d'envisager un autre angle à exploiter que celui de l'admiration.

David Caron

Président-directeur général

Les Résidences Monchénou

Le Groupe Probex

Sherbrooke

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