Le communautaire et le premier ministre

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Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard

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Le Nouvelliste

L'auteur, Renaud Beaudry, est coordonnateur de la Table régionale des organismes communautaires en santé et services sociaux Centre-du-Québec-Mauricie.

Lettre au premier ministre du Québec, Philippe Couillard.

Depuis quelques jours, notre organisation communautaire tente de vous sensibiliser, monsieur le premier ministre, sur la situation des gens qui fréquentent les groupes communautaires en santé et services sociaux.

Nous nous sommes payé le luxe de louer un panneau publicitaire en plein ville de Québec pour attirer votre attention. On peut vous y voir souriant et confiant. Une phrase accompagne votre image «un bon père de famille prend soin des vulnérables». Vous vous décrivez comme un bon père de famille dans votre rôle de premier ministre. Vous avez également dit, lors de votre premier discours à l'Assemblée nationale au salon bleu, que vous auriez une attention toute particulière pour que les personnes les plus vulnérables ne soient pas affectées par ce que vous qualifiez d'exercice de rigueur.

Depuis un an, dans nos deux régions, le Centre-du-Québec et la Mauricie, des femmes, surtout, et des hommes tentent de convaincre votre ministre de la Réadaptation, de la Protection de la jeunesse, de la Santé publique et des Saines habitudes de vie, madame Lucie Charlebois, que les gens sont plus nombreux à vivre des problèmes sociaux et de santé. Les gens sont plus nombreux à cogner aux portes des groupes communautaires pour obtenir de la nourriture, de la protection, de l'hébergement, un endroit pour recevoir de l'aide, un endroit pour reprendre du pouvoir sur leur vie. Depuis les 11 derniers mois, nous avons manifesté 19 fois, dans la rue. Nous avons même fait une journée de grève le 2 novembre dernier. Une première pour nous. Vous le savez probablement, nous sommes très réticents à recourir à ce moyen de pression. C'est un peu beaucoup notre grand défaut et notre grande qualité. Nous priorisons la réponse aux besoins au détriment de nos conditions comme organisation et comme travailleur et travailleuse. Au début, nous avons interpellé le député libéral de Trois-Rivières, après tout, il était ministre de la Mauricie, pour qu'il sensibilise sa collègue la ministre Charlebois. Par la suite, nous avons rencontré la ministre. Nous avons même eu des échanges avec son personnel et le CIUSSS de notre région. La réponse a été la même que depuis le 7 avril 2014, vous n'avez pas d'argent pour les plus démunis de la société et pour nos actions en prévention pour éviter qu'ils ne soient plus nombreux. Pendant ce temps-là, le CIUSSS nous réfère des gens qu'ils ne peuvent aider. Le CIUSSS est même intéressé à nous transférer des gens dont il a la responsabilité en nous indiquant ses problèmes financiers.

Bien sûr, nous avons pris connaissance du traitement, disons différent, accordé aux médecins. En 2009, nous avons fait une autre folle dépense, bien plus importante que le panneau publicitaire sur le boulevard Charest à Québec. Nous avons payé des chercheurs indépendants pour qu'ils interrogent 87 personnes choisies au hasard fréquentant dix groupes communautaires différents, eux aussi, choisis au hasard. Les chercheurs ont demandé à ces 87 personnes ce que leur apportait la fréquentation de leur groupe communautaire.

Le rapport de recherche s'intitule Pour un monde meilleur. Voici un extrait: «Pour plusieurs personnes, les organismes communautaires constituent de véritables remparts contre la solitude, contre la dépression, contre la détresse, contre la rupture sociale. Ils permettent à de nombreuses personnes de trouver du réconfort, de se remettre sur pied, de trouver un sens à leur vie. Ils permettent à de nombreuses personnes de s'impliquer, de se trouver une place dans la société, de jouer un rôle social. Au même titre que les médecins mais dans leur domaine d'intervention, les organismes communautaires sauvent des vies.».

Monsieur le premier ministre, nous vous demandons un effort dans votre prochain budget du Québec pour, enfin, protéger les personnes les plus vulnérables de notre société mais surtout pour les aider à ne plus vivre avec cette étiquette.

Vous pouvez compter sur notre organisation pour sensibiliser aussi longtemps qu'il le faudra.

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