Bécancour, capitale des GES

Maurice Richard, président-directeur général de la Société du... (Stéphane Lessard)

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Maurice Richard, président-directeur général de la Société du parc industriel et portuaire de Bécancour.

Stéphane Lessard

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Le Nouvelliste

Il y a trois ans, dans un texte intitulé Bécancour, IFFCO et le 19e siècle, je concluais qu'«à Bécancour, on ne craint pas l'effondrement; on le recherche et on y donne droit». Je ne pensais pas alors dire si vrai. Cette semaine, à la suite d'un reportage télévisé sur un possible arrêt du projet de liquéfaction de gaz de Stolt, nous entendions le maire Dubois regretter une autre orientation du projet, alors qu'il ne restait qu'à «amener la pépine». L'ex-maire Maurice Richard et directeur du Parc industriel de Bécancour affirmait quant à lui que «ça n'enlève d'aucune façon la qualité de leur offre et de leur projet.»

Le dossier s'est ensuite déplacé au sein de la députation. Donald Martel, député de Nicolet-Bécancour, y est allé d'un «Investissement Québec doit être plus agressif dans ce dossier-là», indiquant même qu'il ne fallait pas se gêner pour piger dans le Fonds de diversification de 200 M$.

Pour ce féru du gaz naturel, il ne fallait pas s'étonner d'une telle réaction. L'ancienne caquiste, maintenant ministre de l'Économie, Dominique Anglade, concluait quant à elle de cette façon: «Ce qu'il est important de reconnaître, c'est que nous voulons avoir des projets structurants pour l'avenir du Québec. Stolt en est un très, très bon exemple. (...) On va mettre tous les efforts et les énergies pour faire arriver le projet.»

Mais pourquoi donc tous ces décideurs semblent soutenir ce projet, «structurant», favorisant l'exploitation de gaz de schiste et le réchauffement planétaire?

Sont-ils persuadés que la reconduction de leur mandat est directement reliée au nombre de «pépines» et d'opérateurs de «pépines»? Et ce, en dépit des conséquences à long terme que cela provoquera?

Allons plutôt sur le fond.

Dans le rapport d'analyse final du ministère de l'Environnement, il est inscrit que le remplacement de l'huile lourde par le gaz naturel réduirait de 30 % les émissions de GES et permettrait ainsi l'atteinte de la cible de réduction de 20 % pour 2020 du Québec. Excellent en principe mais on y lit que «la présente analyse est basée uniquement sur les GES qui seront générés directement par le projet et ne repose pas sur une approche du cycle de vie»!

On «oublie» donc de prendre en compte les émissions de GES se produisant avant la combustion du gaz naturel, lesquelles dépendent pour beaucoup des émissions fugitives. Or, quelle est la proportion de méthane perdu dans l'ensemble du processus, de l'extraction du gaz au transport du gaz liquéfié? Cette donnée est essentielle mais ni Gaz Métro, ni Stolt, ni le gouvernement ne cherchent ici à nous instruire... Ne prenant en compte que la différence entre les émissions du mazout et celles du gaz, on en oublie même les émissions totales de combustion!

Et comment s'assurer que les émissions de GES au Québec régressent? Avons-nous au ministère de l'Environnement une «police» climatique grimpant dans les cheminées et reniflant les tuyères? «La bonne énergie à la bonne place», invoquait-on aux audiences du BAPE, comme si ces dernières étaient commanditées par Gaz Métro. «Et au bon prix», ajouterais-je, reprenant les propos de Richard Brosseau, ancien attaché politique de Jean Charest, qui déclarait au BAPE le 10 février 2015 que la décision d'investissement de Stolt reposait sur un baril à 163 $ et un cours du gaz en hausse. Bonjour les prévisions!

Dans le décret ministériel autorisant la construction de l'usine, aucune condition n'est imposée à Stolt, si ce n'est de respecter le plan de match et de procéder avant 2026. Ce gouvernement montre donc de la vision pour ce qui se voit, comme des «pépines»; pour l'invisible et les générations futures, on repassera. Or, si l'on n'arrête pas brusquement tous ces projets et que l'on réduise notre consommation de gaz et autres carburants, nous serons, par millions, les pieds dans l'eau et un jour viendra où il sera dangereux de sortir dehors tant il fera chaud et humide.

Marc Brullemans, biophysicien

Trois-Rivières

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