Coupes dans les CPE: comment culpabiliser les parents

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Le ministre de la famille du Québec, Sébastien Proulx, place les CPE dans l'odieuse position de faire pression sur les parents de poupons pour que cet endroit ne soit pas fantôme.

La Presse Canadienne

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Le Nouvelliste

Lettre au nouveau ministre de la famille du Québec, M. Sébastien Proulx

Alors que l'équilibre budgétaire semble atteint, je ne comprends pas votre obstination à couper dans l'éducation et la petite enfance au nom du sacro-saint déficit zéro. Pourquoi cet entêtement idéologique? Est-ce simplement pour démanteler un fleuron du précédent gouvernement? C'est à se demander qui tirera profit de la mise à mal de ce service public de qualité.

Après une première vague de coupes importantes, une seconde vague s'annonce qui apportera: diminutions supplémentaires des heures de travail des éducateurs et éducatrices, coupe dans les heures consacrées à la préparation de matériel éducatif, diminution de la qualité de la nourriture, diminution des sorties, coupe dans l'entretien ménager, pauses coupées, etc.

La participation financière des parents a augmentée, mais les budgets accordés aux CPE diminuent. La politique familiale en place a pourtant fait ses preuves en permettant l'augmentation du nombre de femmes sur le marché du travail et qui paient de l'impôt, et en améliorant la courbe démographique du Québec.

Pour récupérer des sous le gouvernement utilise différentes tactiques. Ainsi, il récupère les surplus économisés par les CPE en prévision de travaux requis. Dans 15 ans, nos enfants auront donc la chance de grandir dans des bâtiments moisis ou mal entretenus, au même titre que nos écoles. Une autre tactique qui sera mise de l'avant m'apparaît inéquitable en rendant le parent otage du système.

Le gouvernement exigera la présence des enfants au CPE 80 % du temps à défaut de quoi les subventions seront amputées. Quatre-vingt pour cent de présence, lorsque l'on déduit: vacances d'été et Noël, les maladies et même les fériés (comptabilisés même si le CPE est fermé), c'est un pourcentage élevé. Là où le bas blesse le plus c'est que ce 80 % de présence est également exigé pour les poupons (0-18 mois).

Dans la majorité des CPE, les groupes sont formés en septembre. En tant que parent ayant un bébé né en mars 2015 on m'offre le choix entre une place en septembre 2015 ou 2016, soit à 6 mois ou à 18 mois. Ne pouvant nous priver de service de garde 6 mois durant, nous optons comme beaucoup de parents de payer pour la place trop hâtive, car notre besoin de garde à partir de mars n'est pas fantôme, mais bien réel. Malheureusement avec cette exigence de 80 % de présence, je me sens pris en otage comme parent. Vous placez les CPE dans l'odieuse position de faire pression sur les parents de poupons pour que cet endroit ne soit pas fantôme.

Monsieur le Ministre, réalisez-vous que vous exigez la présence de nos poupons vulnérables de 5 ou 6 mois quatre jours/semaine dans un environnement inconnu, bruyant et en présence de nombreux virus (grippe, coqueluche pneumonie)? Quel stress pour un nouveau-né! Pire encore, saviez-vous que de nombreuses mamans allaitent leurs enfants et que c'est recommandé par le ministère de la Santé?

Exiger la présence des poupons en garderie alors que les mères sont en congé de maternité et font des compromis financiers et d'avancement de carrière pour rester à la maison, c'est absurde! Par simple bon sens, retirer les poupons du calcul dans cet exercice comptable serait déjà un début de compromis.

Quelle est la nécessité de mettre autant de pression sur les parents? Méchants parents: coupables de s'assurer d'avoir une place pour son retour au travail, coupables de payer cette place quelques mois sans envoyer son bébé, coupables de nuire à son CPE qui verra sa subvention coupée par cette présence insuffisante, coupables de travailler «sur les chiffres» et de ne pas faire garder son enfant 5 jours, etc. Parents attention, ne vous trompez pas, c'est en septembre que vos bébés doivent naître!

Monsieur le Ministre, la petite enfance a déjà fait son bout de chemin, cessez votre acharnement malsain et changez de cible.

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