Rona-Lowe's: fournisseurs préparez-vous!

Un magasin du géant américain de la rénovation... (AP, Matt Rourke)

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Un magasin du géant américain de la rénovation Lowe's, à Philadelphie

AP, Matt Rourke

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Le Nouvelliste

L'achat de Rona par Lowe's suscite de nombreuses réactions. Et le contraire serait inquiétant. Depuis ses prétentions de 2004, où le géant québécois de la quincaillerie voulait conquérir le Canada, il y a eu de l'eau dans le gaz.

Cette vente était-elle inévitable? Quels efforts auraient dû être consentis par les contribuables afin de relancer Rona sur les chemins de la croissance?

Ce sont les intentions des nouveaux propriétaires qui devraient nous inquiéter. Il est évident que le gouvernement de M. Couillard, par la voix de sa ministre Dominique Anglade, a rédigé un discours savamment rassurant dans lequel on y entend les mots «garantie», «approvisionnement», «emplois», «fournisseurs», etc.

Cette rhétorique n'est rien d'autre qu'une tromperie dont le but est de calmer le jeu jusqu'à ce que la vente soit complétée. Lorsqu'une entreprise est vendue à des intérêts américains, il n'y a jamais de garanties qui tiennent. Si, au moment de l'achat, certains engagements sont énoncés et signés, ils ne le sont jamais à perpétuité. Tôt ou tard, les promesses deviennent de bonnes intentions, et les bonnes intentions, des voeux pieux.

Les grands perdants de cette acquisition seront les fournisseurs québécois. Au début, ils ne verront pas beaucoup de différences, hormis quelques demandes de réductions de coûts qui auront pour but de tester leur malléabilité. Puis dans un futur plus ou moins lointain, une lettre émanera des bureaux américains, et qui pourrait ressembler à ceci:

«Cher et précieux fournisseur de Rona/Lowe's, bientôt nous procéderons à une analyse en profondeur des capacités de production de nos fournisseurs afin de brosser un portrait plus juste de la réalité. Ce sera pour votre entreprise l'opportunité vous permettant d'avoir accès au marché élargi de Lowe's. Nous espérons [...]».

Lowe's demandera ainsi à tous ces fournisseurs québécois d'être capables de fournir tous ces magasins, peu importe où ils se trouvent. Les fournisseurs québécois ne seront pas en mesure de répondre à une telle augmentation aussi rapidement, et lorsqu'ils soumettront leurs capacités de production, leur offre sera tout simplement déclinée.

Lowe's pourra alors simplement dire que ces sous-traitants n'ont pas été capables de saisir «l'opportunité de croissance»; les dirigeants pourront ainsi ouvrir les marchés canadien et québécois aux fournisseurs américains (ou mexicains) qui offrent une plus grande capacité de production.

C'est de cette façon que le lien entre Rona et les fournisseurs québécois disparaîtra, et ce, peu importe ce que la ministre Anglade et le premier ministre Couillard peuvent en dire - ils ne pèsent pas lourd au sein des sièges sociaux américains.

Certains fournisseurs désireront tenter leur chance; ils investiront des sommes colossales dans l'augmentation de leur capacité de production (parfois en profitant de programmes gouvernementaux payés par les contribuables), mais même s'ils réussissent leur pari de la production, ils resteront à la merci d'un client unique pour qui le terme loyauté n'existe pas.

La vente de Rona à Lowe's est un drame pour les fournisseurs québécois.

Gilbert Mercure

Trois-Rivières

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