Monsieur le ministre, renoncez au projet de loi 86

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L'auteur de la lettre, un commissaire à la Commission scolaire du Chemin-du-Roy, espère que le nouveau ministre de l'Éducation, Pierre Moreau (ci-dessus), retirera le projet de loi 86 présenté par son prédécesseur, François Blais.

Le Soleil

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Le Nouvelliste

Lettre au nouveau ministre de l'Éducation, Pierre Moreau.

Je suis commissaire à la Commission scolaire du Chemin-Du-Roy et j'ai lu avec intérêt le projet de loi 86 intitulé «Loi modifiant l'organisation et la gouvernance des commissions scolaires en vue de rapprocher l'école des lieux de décision et d'assurer la présence des parents au sein de l'instance décisionnelle». Il y est proposé d'abolir la démocratie scolaire en raison de la faible participation aux élections.

Expliquez-moi pourquoi on refuse toujours de joindre ces élections aux élections municipales, comme ailleurs au Canada? La participation des électeurs serait facilitée et les coûts nettement diminués.

De plus, je pense que de remplacer des élus par des personnes désignées ou nommées est un net recul pour la démocratie du Québec car voici envers qui ces nouveaux gestionnaires du «conseil scolaire» seraient maintenant redevables: six représentants de parents: au comité de parents; six membres de la communauté: au conseil scolaire; un enseignant et un professionnel: à leur syndicat; deux directeurs: à leur association.

Comment seront représentés les payeurs de taxes quand ils ne pourront même plus voter? En cas de litige envers un enseignant ou une direction, quel genre de dynamique de discussion cette situation va-t-elle créer quand des collègues sont membres du conseil scolaire? Comment va se sentir le dg s'il a à sévir envers un directeur ou un enseignant membre de ce conseil scolaire?

Et finalement, que doit comprendre l'élu actuellement en poste pour quatre ans qui se voit expulsé avant la mi-mandat comme si nous étions tous des mécréants dont on doit se défaire au plus tôt? A-t-on oublié que ces commissaires ont appliqué les coupures récurrentes exigées du ministère de plus de 1 milliard de dollars depuis quatre ans?

Chez nous, afin de préserver le service à l'élève, nous avons procédé à de multiples réorganisations, surchargé la tâche de toutes nos catégories de personnel, resserré au minimum la marge de nos fournisseurs, augmenté certains frais aux parents, diminué nos effectifs en passant de 72 élus à la fin des années 80 à seulement 11, etc. Nous avons livré la marchandise malgré les difficultés pour finalement servir de bouc-émissaire pour le ministère.

Je crois qu'il n'est pas nécessaire de tout remanier la loi de l'instruction publique si le but du législateur est vraiment de donner plus de pouvoir aux représentants du comité de parents: simplement modifier l'article 148 pour enfin leur donner le droit de vote.

Il est tout aussi facile d'augmenter leur représentation en modifiant l'article 143-3 où il en est question. Ceci relève du ministre depuis toujours. Vous promettez une «plus grande place aux parents» alors pourquoi ne les rendez vous pas majoritaires dans votre projet de loi au lieu de six représentants sur 16? Vous courtisez les parents avec un leurre.

Nous avons su que votre prédécesseur, François Blais, s'est arrêté chez nous le 20 janvier pour une «visite de courtoisie» dans trois de nos institutions: le Complexe Sportif Alphonse-Desjardins, l'Académie les Estacades et l'école secondaire Le Tremplin. Ça fait des lunes que nous réclamons une rencontre ministérielle.

Nous somme reconnaissants que votre collègue ait pris un peu de son temps pour rencontrer les élèves et le personnel, mais nous regrettons que ni notre président ni aucun commissaire n'a été invité lors de cette visite «incognito». Nous avons plutôt été évités.

Je me permets donc de vous lancer l'invitation à venir, à votre tour, découvrir notre commission scolaire, nos établissements, notre personnel et nos élèves. J'aurais tant à vous partager sur nos milieux rural et urbain.

Vous constateriez que nous avons grand besoin de réinvestissements.

Je constate la même «réserve» que pour le projet de loi: pas ou peu de consultation et de recul pour l'analyse d'une situation; absence de démarche scientifique: on part avec la réponse et on aligne les éléments pour que «ça passe».

Je suspecte un agenda caché car je vois beaucoup de défilades. Pour toutes ces raisons et pour toutes ces questions sans réponses, je demande respectueusement le retrait du projet de loi 86 car je suis convaincu que ce ne sera pas l'éducation qu'il servira.

Et si vous venez chez nous, sur le territoire de notre commission scolaire, nous aimerions être invités plutôt qu'évités.

Réjean Hivon

Commissaire scolaire

Sainte-Anne-de-la-Pérade

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