Le harcèlement au travail

Marcel Aubut... (Archives La Presse)

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Marcel Aubut

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Le Nouvelliste

Merci, M. André Gabias, pour votre texte (Le silence des agneaux) du samedi 16 janvier dernier.

L'affaire Aubut nous conscientise sur le fait que le harcèlement au travail, qu'il soit sexuel, psychologique ou moral, fait des ravages sur la santé des personnes qui sont victimes de ces abus d'autorité; nul n'est à l'abri de cette bêtise.

En juin 2004, le gouvernement du Québec mettait en force les premiers articles législatifs en Amérique du Nord contre le harcèlement psychologique au travail. Ces articles de la Loi des normes du travail venaient s'ajouter aux nombreuses autres lois du travail qui protègent les personnes contre l'incivilité ou les abus de pouvoir des autorités d'entreprises du Québec.

Ils cherchaient à civiliser encore davantage les relations de travail qui atteignaient des sommets d'inconvenance et créaient un nombre effarant d'épuisements professionnels. On était au Québec dans une situation de santé publique en catastrophe! Le gouvernement a dû intervenir pour dire aux employeurs: «C'est assez!» Depuis cette date, les entreprises doivent obligatoirement avoir une politique avec mécanisme de dénonciation pour que cesse le harcèlement au travail.

Ça, c'est la théorie.

À la lecture de votre texte, je me suis souvenu que j'ai aussi travaillé pendant plus de 25 ans pour une grande entreprise «phare» du Québec qui avait dans ses règlements de gestion du personnel des articles contre les harcèlements et abus de toutes sortes, sexuels inclus. De plus, tous les mécanismes pour les appliquer, si nécessaire, étaient bien décrits. Naïf et «simple employé» comme vous dites, j'avais osé dénoncer des abus de pouvoir de la direction sur ma personne; je voulais que ça cesse. Que croyez-vous qu'il m'est arrivé? Pendant les neuf années qui ont suivi (jusqu'en 1999), j'ai dû conjuguer mon travail avec du harcèlement psychologique accru afin que je quitte cette grande entreprise.

C'est bien connu maintenant: le harcèlement psychologique par les directions d'entreprise était et est toujours en 2016 une façon insidieuse et primée pour soumettre quiconque, sans que la notoriété de l'entreprise en soit entachée.

J'ai dû finalement quitter mon emploi: un «outsider» s'était chargé de finir le travail! Encore là, un classique du monde du travail: malgré toutes les lois, la Goliath entreprise «phare» a vaincu le petit et «simple employé» David.

La perversité de toutes les formes de harcèlement au travail tue l'enthousiasme des victimes et mine leur énergie. Se faire respecter devient d'une pénibilité ahurissante.

Je pense humblement que peu importe toutes les lois et leur mécanisme de dénonciation pour endiguer ces grossièretés et ces malveillances, il faudrait d'abord et surtout une éducation à l'exercice d'autorité: ne devient pas gestionnaire de personnes quiconque n'a pas une formation adéquate au respect des subordonnés. Imagine-t-on un médecin sans une formation à une éthique du respect des patients dans la pratique de sa profession? Toute personne en autorité devrait être adéquatement formée à cette éthique de la gestion de personnes.

Nous sommes toutes des personnes de cette race animale capable du meilleur comme du pire; seuls la retenue et l'apprentissage à celle-ci peuvent finalement créer des organisations où il fait bon s'actualiser comme employé subordonné. Sans cette élémentaire retenue, sans cet apprentissage au respect, toutes les autorités de ce monde sont à risque des bassesses de l'hommerie.

Aucune loi ne donnera de l'éducation, du savoir-vivre et du respect dans la tête des personnes qui souffrent d'un sentiment de supériorité par un quelconque titre d'autorité. Marcel Aubut était un membre du Barreau connaissant les lois du travail, mais il n'avait pas reçu cette éducation de base à la civilité, à la retenue de bon aloi. L'incivilité est de toutes les classes: «Le pouvoir tend à corrompre, le pouvoir absolu corrompt absolument. Les grands hommes sont presque toujours des hommes mauvais.» (Lord Acton).

Les souffrances causées par toutes les formes de harcèlement sont d'une violence incommensurable; seules les victimes peuvent en témoigner. Que nous soyons membres du Barreau ou du clergé ou de n'importe quelle organisation «phare», ou non, il y a des hyènes dans la bergerie...

Plus que jamais, il y a urgence en notre société machiste nord-américaine. Il y a longtemps que c'est dit et écrit, et pourtant on envoie toujours paître les victimes.

Nous en avons vraiment marre de cette loi du plus fort, archaïque, et dinosaure!

François Champoux

Trois-Rivières

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