L'allié des fusions

Jean-Paul L'Allier... (Photothèque Le Soleil, Yan Doublet)

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Jean-Paul L'Allier

Photothèque Le Soleil, Yan Doublet

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Le Nouvelliste

On se permettra une fausse note dans le concert d'éloges qui a suivi le décès récent de l'ancien ministre libéral Jean-Paul L'Allier. Brillant avocat et intellectuel de renom, monsieur L'Allier n'en était pas moins imbu de l'idéologie néolibérale en termes d'économie. En bon soldat, imprégné de la philosophie «mégalo centriste» du parti, il se montra enclin aux interventions de l'État dans les structures de celui-ci afin de favoriser des occasions favorables au privé.

C'est pourtant à l'ineffable Louise Harel, ministre péquiste des Affaires municipales, qu'on est redevable d'avoir piloté en 2000 et 2001 le dossier des fusions forcées. L'objectif était de réduire drastiquement le nombre de municipalités québécoises en favorisant leur regroupement par des mesures législatives.

L'affaire était de taille pour une dame dont l'apparente douceur angélique de caractère cachait en réalité la vacuité de ses propos. Aussi sentit-elle rapidement le besoin de s'entourer d'as de pique chevronnés en matière d'organisation, tels les Bernard (Montréal), Lapointe (Québec), Grégoire (Outaouais). Elle trouvera plus tard un fidèle partisan de ses projets de fusion chez Jean-Paul L'Allier, la formation de la grande ville de Québec s'étant faite notamment lors de son mandat à la mairie.

On s'en serait tenu au projet initial qu'on ait jugé cela acceptable, dans les chaumières ou les demeures cossues. Mais voilà, on décida plus tard que la sauce fusionniste allait s'étendre sur toute la tarte provinciale. Erreur, dont les contribuables égorgés paient encore les effets funestes, à chaque nouveau rôle d'évaluation.

Si cette opération avait sa raison d'être dans le cas de nos capitales politiques ou économiques, elle ne l'avait pas nécessairement pour l'ensemble des autres agglomérations du Québec. Plusieurs municipalités éloignées entre elles par des kilomètres de routes, de forêts, de champs, se sont soudainement vues accorder le privilège de vivre en ville! Elles vont en effet finir par passer au rouleau compresseur, au profit de grosses villes fusionnées, dont Shawinigan (2002).

Mais comment ces mégacentres allaient-ils se tirer d'affaire avec leurs nouvelles obligations, à l'heure où les multinationales qu'elles abritaient foutaient le camp, l'une après l'autre? En taxant, bien évidemment, la solution est simplette!

On croirait entendre Madame de Sévigné dans une lettre à sa fille: «Savez-vous ce que c'est que taxer, chère amie? Taxer est la plus jolie chose du monde. Eh bien, c'est d'abord fusionner, puis surévaluer et ensuite grappiller des taxes par-ci par-là, en batifolant dans une mairie. Dès qu'on sait cela, on sait taxer».

Évidemment, la dame ministre n'avait pas prévu en son temps qu'à Saguenay-là-là, qu'à Québec-j'sus-l'-boss, qu'à Shawinigan-l'énergique, nos maires bien-aimés allaient se faire entrer dans la gorge un pacte fiscal odieux, qu'ils allaient devoir téter les petites gens des alentours pour entretenir leurs pyramides, que l'économie mondiale essoufflée rongerait bientôt son frein, et que malgré cela on allait vivre au-dessus de nos moyens dans ses cités ampoulées!

Alors que cette ineffable ministre nous promettait des économies d'échelle, les taxes mènent désormais le bal et ne cessent de s'enfler dans ses nouvelles villes factices.

Forêts, mines, industries, métaux, monnaie, dollar, emplois, tout est à la baisse. Seules les taxes résistent. Elles croissent. Inexorablement. Ineffablement.

Ça nous apprendra à laisser la gestion de nos affaires à des technocrates, des syndicalistes ou des fonctionnaires patentés.

Fusions, on vous aime!

Claude Parenteau,

Secteur Saint-Jean-des-Piles

Shawinigan

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