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«Le journal, c'est un peu la nourriture de la démocratie. On n'en limite pas l'accès sans causer un tort considérable à la société.»

La Presse

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Le Nouvelliste

«Nous avons réussi notre virage technologique.» Voilà comment La Presse nous a appris récemment la fin de son édition papier en semaine. Beau cadeau du jour de l'An! Qui doutait de la réussite du virage technologique en question, alors qu'en cette époque «compressée» il n'y en a que pour la technologie en tout et pour tout?

Comment peut-on avoir pour nom La Presse et ne plus imprimer? Ce choix financier porte en lui-même une foule de conséquences que l'on ne peut mesurer en faisant l'économie d'une réflexion sérieuse sur le sujet. Pensons d'abord à tous ceux pour qui le papier représente tout ce qu'ils ont connu. Le journal du matin, de tous les matins, c'est pour plusieurs le seul livre qu'ils lisent, celui par lequel ils orientent leur conduite politique. Le journal, c'est un peu la nourriture de la démocratie. On n'en limite pas l'accès sans causer un tort considérable à la société.

Par chance, Le Nouvelliste, qui a cependant un mandat plus régional que La Presse, continuera de publier en version papier. Le nouveau propriétaire du Nouvelliste, Martin Cauchon, disait récemment, avec justesse, que le journal papier nous suit. On pourrait même ajouter qu'il nous précède, en ce sens qu'il est livré à la porte, qu'il y en a partout et qu'on peut même à l'occasion le lire sans aucuns frais.

La version papier nous libère d'un foule de servitudes dont l'achat obligatoire de l'unique support visuel désigné soit la fameuse tablette qui donne droit à La Presse +, tablette assez onéreuse dont l'obsolescence est programmée pour très bientôt. Il y a aussi la connexion internet ou le wi-fi qui n'est pas encore disponible partout et la recharge sans laquelle rien ne fonctionne.

Mais ce que l'on perd de plus précieux, sans s'en rendre compte, avec cette technologie imposée, c'est notre liberté. Celle, par exemple de ne pas lire les publicités qui viennent avec l'indispensable tablette.

Ces fameuses annonces que l'on est forcé de se taper en préliminaire des vidéos qui jonchent les articles, ainsi que toutes ces publicités qui vous seront destinées une fois que votre profil personnel sera bien établi et vendu au plus offrant. Une fois bien tenu en laisse, essayez pour voir de vous en libérer. Enfin, certains diront que l'on sauvera des arbres en nous débarrassant du papier, mais n'est-il pas beaucoup plus facile de recycler le papier alors que tous ces ordinateurs ont pour composantes de nombreux métaux qui sont pratiquement non-recyclables?

En éducation, comme en information, on présente constamment les dernières technologies comme si elles représentaient des solutions miracles. Réjean Bergeron, professeur de philosophie au Cégep Gérald-Godin, fait à ce sujet la prédiction suivante: «dans quelques années, une étude viendra nous apprendre que les sommes astronomiques investies dans l'achat de tablettes numériques auront surtout servies à distraire les élèves plutôt qu'à les éduquer. Le fétichisme technologique est une maladie pernicieuse dont il n'est pas facile de se débarrasser».

Dans la vie, quand on vous annonce que vous avez gagné quelque chose, c'est souvent que vous venez d'en perdre une autre plus précieuse.

Pascal St-Pierre

Trois-Rivières

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