Souffrir à petit feu

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Le Nouvelliste

Il y a quelques mois, mon beau-frère de 58 ans seulement a appris subitement qu'il souffrait d'un cancer du pancréas en phase terminale. Roger ne voulait pas mourir. Il a lutté de toutes ses forces pendant des mois, mais son corps continuait de mourir à petit feu et l'angoisse de partir le hantait. Une dizaine de jours avant sa mort, ma soeur, qui était épuisée par toute cette fatigue morale et physique, s'est faite violence pour accepter que son mari aille passer ses derniers jours à la Maison Albatros. Elle espérait ainsi trouver le repos et la paix du coeur; l'assurance que son mari partirait en douceur. Jamais nous n'aurions cru que Roger vivrait une fin si horrible.

Je n'en veux pas au personnel et aux bénévoles de la Maison Albatros. Ce sont des gens de coeur qui se dévouent au bien-être des gens. J'en veux plutôt à cette politique trop rigide qui prône de toujours donner le moins de médicaments possible aux personnes mourantes. Chaque personne a des besoins différents et cette politique n'est pas adaptée à tous.

Je travaille auprès de personnes en fin de vie depuis longtemps, mais j'ai rarement vu une personne souffrir autant que Roger lors de ses derniers jours. L'anxiété qui le hantait était si grande qu'elle était devenue un véritable calvaire. Le délirium s'est installé et les crises se succédaient. Notre devoir en tant que répondant est de porter secours face à la souffrance. Aucun être humain ne mérite de partir dans la terreur, mais c'est pourtant ce qui est arrivé à Roger, un homme si doux et bon. Chaque fois que mon beau-frère avait une crise d'angoisse, ce pauvre personnel qui avait les mains liées par des protocoles trop rigides nous disait de l'avertir pour qu'on lui donne un «petit quelque chose». Malheureusement, c'était loin d'être suffisant pour lui permettre de vivre ses derniers jours dans le calme et la dignité.

Je m'adresse donc à ceux qui ont le pouvoir de changer ces protocoles. Pourquoi laisser souffrir un patient en fin de vie alors qu'il serait possible de mettre fin à cette angoisse? On plonge souvent un patient qui a vécu un trauma grave dans un coma artificiel pour protéger le cerveau. De la même manière, il est parfois nécessaire de donner plus qu'un «petit quelque chose» pour permettre à un patient angoissé de se laisser doucement partir dans la sérénité. La tête est aussi importante que le corps et lorsque le cerveau d'un patient en fin de vie est envahi par l'angoisse à ce point, il est de notre devoir de faire le nécessaire pour que le corps retrouve le calme dont il a besoin pour partir en paix. Ainsi, les derniers jours de l'être cher se passeraient dans le calme et sa famille pourrait tranquillement commencer à faire son deuil.

Lorsque nous avons essayé à plusieurs reprises un protocole qui ne fonctionne pas pour un patient, il faut avoir la souplesse de s'adapter aux besoins particuliers pour remédier à toute cette souffrance. Chers décideurs, combien de souffrance inutile faudra-t-il endurer pour que vous jugiez bon de mettre fin à tout ce carnag? Combien d'images cruelles faudra-t-il garder en mémoire? Je vous le dis au nom de mon beau-frère et de ceux qui comme lui vivent leurs derniers jours dans l'angoisse de partir, retournez faire vos devoirs et ça presse. Chaque être humain est unique et a sa propre histoire. Votre Maison dit qu'elle s'adapte aux besoins de chacun. Que dieu vous vienne en aide.

Maintenant à toi Roger, repose en paix. Tu ne l'as pas volé. Encore un gros merci à tous les préposés, infirmières et bénévoles pour votre dévouement malgré tout. Que la paix de dieu qui surpasse tout soit avec vous.

Ginette Damiens

Trois-Rivières

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